Cliffy, dauphin ambassadeur mis en captivité !

“Cliffy”, un dauphin ambassadeur fréquentant le port de Brisbane en Australie, a été capturé et est aujourd’hui maintenu en captivité au Sea Word d’Australie pour motif que celui-ci rencontrerait des problèmes pour se réadapter à la vie en mer et qu’il se reposerait sur les pêcheurs pour obtenir le poisson nécessaire à son alimentation.

Le dauphin, dont l’âge est estimé entre trois et cinq ans, avait été trouvé en début d’année avec des lignes de pêche entourées autour de sa nageoire caudale. Sea World a alors procédé à une première capture et l’a transféré dans son établissement où les fils ont été extraits ; il a finalement été libéré après six semaines de réhabilitation. La plupart des habitants de la région ne souhaitent pas que le dauphin reste en captivité et s’accordent sur le fait que Cliffy doit être remis dans son habitat naturel.

Dans les eaux océaniques mondiales, des milliers de dauphins sont blessés ou tués chaque année et font face à d’autres menaces anthropogéniques, cela ne signifie toutefois pas qu’il faille nécessairement retirer les animaux de leur habitat pour les introduire dans des environnements artificiels. Le cas de Cliffy rappelle que davantage d’efforts doivent être fournis pour protéger les cétacés et leur habitat (…). Il est devenu évident que la sensibilisation du public est vitale pour protéger ces cétacés. De nombreuses personnes ne font pas la différence entre les dauphins captifs, dressés pour interagir avec les hommes, et les dauphins sauvages.

Les dauphins semblent naturellement très sociables, vivant au sein de groupes familiaux aux liens étroits, et bien qu’il soit inhabituel que ces animaux vivent seul, on reporte à ce jour un grand nombre de dauphins ambassadeurs  à travers le monde. Certains dauphins restent peu de temps au même endroit, tandis que d’autres fréquentent un territoire durant plusieurs années. Ainsi, Fungie, en Irlande, vit depuis plus de 25 ans dans la même zone, près d’un port fréquenté. Néanmoins il existe d’autres exemples de dauphins, plus jeunes et moins expérimentés, qui adoptent un comportement inconscient face au risque de blessure et de mort dans ces circonstances. Il est important de le mentionner, mais le maintien de ces dauphins en captivité ne devrait pas être la seule solution pour ces animaux sauvages.

Source & lien vers la pétition visant à libérer le dauphin : Marine Connection

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Photo : Kit de Guymer

Réseau Cétacés, préoccupé par cette nouvelle, se joint aux efforts de Marine Connection qui se pose la question de savoir si d’autres options ont été considérées avant de prendre la décision finale d’extraire le dauphin de son milieu naturel pour le placer en captivité. Il est utile de rappeler que, dans le cadre du Plan d’Action International pour les Cétacés 2002-2020, le groupe d’experts de l’IUCN/SCC reconnaît que « le prélèvement de dauphins sauvages dans leur milieu (…) a été reconnu comme équivalent à la mise à mort accidentelle ou volontaire, car les animaux maintenus en captivité (ou tués durant les opérations de capture) ne sont plus dans leur milieu naturel pour maintenir les populations. »

Si le dauphin présente des signes d’accoutumance à l’homme, la mise en captivité est une solution paradoxale !!! Suite au premier sauvetage de l’animal cette année, sa détention en captivité semble avoir renforcé son accoutumance pour l’homme.

Réseau-Cétacés craint donc que la réhabilitation soit compromise et que le cétacé ne soit jamais remis en liberté, et rejoint Marine Connection qui souhaite qu’à la libération du dauphin s’ajoute l’établissement d’un programme d’éducation environnementale et de prévention afin d’assurer la protection et le bien-être de Cliffy. Le public et les professionnels de la pêche seront ainsi informés sur la nécessité de laisser de l’espace au dauphin et de ne pas le nourrir, car cette conduite met l’animal en danger et engendre la dépendance.

Concernant la capture de Cliffy, Cassie Gornell du Service de l’environnement et de la Gestion des ressources australien stipule que, sous la Réglementation 2006 relative à la Conservation de la Nature du Queensland (Gestion de la vie sauvage), le Département d’environnement et de Gestion des Ressources du Queensland (DERM) peut délivrer un Permis de Réhabilitation de la Faune Sauvage à une personne ou à une organisation jugée qualifiée. Le détenteur du Permis de Réhabilitation de la Faune sauvage peut extraire l’animal de son milieu naturel dans le but de le réhabiliter, sans avoir besoin d’en référer plus précisément au DERM. La réhabilitation est justifiée si l’animal est malade, blessé ou orphelin.

L’administration de la Réglementation 2006 relative à la Conservation de la Nature définit comme « malade :  un animal protégé qui présente un désordre comportemental connu, comme l’accoutumance à l’homme. Le but du Permis de Réhabilitation de la Faune sauvage est de remettre l’animal dans son milieu sauvage une fois la réhabilitation finalisée. » Selon Dave Head, responsable du projet Environnement Marin au CEAC Inc, Ahuriri-Napier- Aotearoa, interrogé par Réseau-Cétacés « désaccoutumer un dauphin de l’homme en l’enlevant du milieu sauvage pour le mettre en captivité est parfaitement contradictoire. Les moyens de désensibiliser un dauphin de l’homme en captivité m’échappent, mais je peux dire que par expérience, pour avoir travailler avec Moko (un dauphin solitaire de Mahia Aotearoa-Nouvelle Zélande), j’ai pu observé que celui-ci avait des contacts proches et réguliers avec des hommes mais qu’il occupait parallèlement une zone d’alimentation assez vaste (jusqu’à 10 km). »

Il ajoute qu’« attribuer un garde afin de maintenir les personnes, bateaux, etc… à distance de Cliffy aurait été une meilleure option (si l’on considère les intérêts du dauphin), ce qui aurait donné au dauphin la liberté de vivre dans son environnement naturel et de chasser selon ses besoins. En tout cas, ces dauphins solitaires (…) ont choisi d’interagir avec les humains et de fréquenter cette zone. Si l’on se concentre réellement sur les intérêts du dauphin, l’intervention de l’homme doit être minimale. Quand et s’il choisit de rejoindre un groupe de dauphins sauvages, il le fera, alors que ce choix est impossible dans un bassin … »

A l’image des célèbres dauphins sauvages de Monkey Mia, Cliffy recherche le contact humain et présente par conséquent un certain degré d’accoutumance à l’homme. Les dauphins de Monkey Mia font par ailleurs l’objet d’une surveillance de la part de rangers qualifiés pour assurer leur protection. Les  dauphins ambassadeurs subviennent seuls à leurs besoins physiologiques et maintiennent, ou ont le choix de maintenir, des relations sociales avec des groupes de dauphins sauvages. Pour le cas de Cliffy, la procédure de désaccoutumance à l’homme dans un milieu captif et artificiel est paradoxale et infondée. Le transfert du dauphin vers une zone moins dangereuse ou l’attribution d’un garde personnel chargé d’assurer la protection du dauphin sont par conséquent des options envisageables plus respectueuses pour le dauphin. Nous sommes actuellement en train de réfléchir, de concert avec les spécialistes, à toutes les options possibles afin que Cliffy soit remis en liberté. Nous vous tiendrons naturellement informés des suites.

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