Les grands dauphins de Floride vivent aux crochets des pêcheurs…

… non sans risques

Devant la pénurie de proies naturelles, les grands dauphins de l’ouest de la Floride ont appris à rechercher la proximité avec les humains pour se sustenter. Dans le sillage des bateaux, ils guettent les prises rejetées par les pêcheurs, et viennent même parfois déguster le poisson ou l’appât directement sur la ligne. Certains vont jusqu’à sortir la tête de l’eau pour mendier tout bonnement leur repas.

Mais ce n’est pas sans risque : les hélices des moteurs tranchent les chairs des dauphins, les hameçons et les appâts déchiquettent les flancs, les lignes de pêche cisaillent la peau. « C’est effrayant », dit Jessica Powell, biologiste du Service national des pêches maritimes (NMFS).

Depuis 2005, 46 ont péri le long de la côte de Floride après avoir avalé des leurres ou s’être retrouvés pris dans les lignes, selon les chiffres du NMFS. D’après Stacey Hortsman, coordinatrice de la préservation des dauphins au sein du NMFS à St. Petersburg (Floride), des études ont mis en cause le comportement des humains, qui auraient donné de mauvaises habitudes aux dauphins en leur donnant à manger, notamment lors des excursions touristiques.

Les quelque 800 à 900 requins de la baie de Tampa avaient déjà cherché de temps à autre leur nourriture du côté des hommes, mais la marée d’algues rouge de 2005 a accentué la tendance. Elle a décimé entre 75 à 95% des poissons qui rassasient habituellement les dauphins, selon le Dr Randy Wells, directeur de recherche sur les dauphins au Laboratoire marin Mote à Sarasota. « On pense que les dauphins ont faim », dit-il. « Et une fois qu’ils se sont rendus compte que les pêcheurs peuvent être une source de nourriture, ils ne sont pas prêts de l’oublier rapidement ».

Doug Hemmer, un pêcheur de St Petersburg, l’a lui-même observé. Il y a environ six ou sept ans, dit-il, les pêcheurs à la ligne pouvaient facilement effrayer les dauphins de la baie de Tampa en jetant des leurres non loin pour faire du bruit. Mais à partir de 2005, certains dauphins n’avaient plus peur et « arrivaient en douce pour se cacher derrière vous sans faire de bruit ». « Quand vous relâchez une truite trop petite ou une rascasse trop grosse, ils se jettent dessus pour le manger ». Il y a environ deux ans, raconte encore Doug Hemmer, certains ont commencé à se servir tout simplement sur la ligne, particulièrement l’hiver quand les prises sont plus rares, démontrant de plus en plus d’ingéniosité. Le problème, c’est que « dès que les animaux deviennent dépendants des humains pour se nourrir, ils se mettent en danger », juge Randy Wells. « S’ils s’approchent des bateaux ou des jetées pour trouver du poisson, ils nagent à travers un enchevêtrement de lignes, d’hameçons et de leurres et ces lignes sont conçues pour être invisibles dans l’eau ».

En 2006, trois cadavres de dauphins de la baie de Sarasota ont été découverts des leurres de pêche fichés dans leurs entrailles. L’un d’eux se déplaçait souvent avec un autre mâle qui avait commencé à chercher de la nourriture auprès des touristes et des pêcheurs de la jetée d’Anna Maria. Dans les mois qui ont suivi, ce dauphin a lui aussi disparu et il est présumé mort. Au regard de leur nombre, la perte de quatre dauphins de la baie de Sarasota constitue une hécatombe. Les chercheurs estiment qu’il ne reste environ que 160 grands dauphins dans la baie, une population stable, à la reproduction lente. Certains vivent jusqu’à 50 ans. Les femelles donnent naissance environ tous les trois ou six ans et en moyenne le groupe accueillerait seulement huit bébés chaque année. Perdre ne serait-ce qu’un dauphin à cause d’une interaction humaine, c’est « tragique », dit Jessica Powell.

Si cela continue à ce rythme, « la population disparaîtra dans un siècle ». Sans compter que certains pêcheurs commencent à réagir violemment aux vols de poisson, en sortant tout un arsenal, des bombes artisanales jusqu’au Magnum 357, au mépris de la loi fédérale qui protège ces mammifères marins. Le capitaine d’un bateau de pêche purge ainsi une peine de deux ans de prison après avoir plaidé coupable d’avoir fabriqué des bombes artisanales et les avoir lancées sur des dauphins.

Source : AP | 04.09.2009 |

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