Un nouveau système pour que bateaux et baleines cohabitent, sans heurts…

PARIS — Août 1998, le navire du capitaine Capoulade fend les eaux à vive allure vers Nice. A peine le temps de voir « le souffle » de la baleine, et c’est le choc. Depuis, le marin a réfléchi à un système pour prévenir ces collisions: le système REPCET, lancé mercredi.

« C’était une nuit avec un quart de lune. On a vu le souffle de l’animal, mais je n’ai pas pu l’éviter », raconte à l’AFP Frédéric Capoulade, ancien commandant de la Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM).

Le bateau et ses 200 passagers rentrera à Nice, avec du retard et une voie d’eau. Lui est « choqué ». C’était sa seconde collision en deux mois.

« A partir de cette année-là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire », explique le capitaine à la retraite après 35 ans en mer.

Il s’agissait de résoudre la question de la sécurité, mais aussi le problème écologique que posent ces collisions, une des premières causes de mortalité des grands cétacés en Méditerranée, déjà menacés par la pollution.

Douze ans plus tard, REPCET, système de repérage en temps réel des cétacés, mis en oeuvre dans un premier temps en Méditerranée, est officiellement lancé par l’association Souffleurs d’Ecume, dont M. Capoulade est président.

« C’est un dispositif qui permet aux navires de s’informer les uns les autres des positions des baleines », explique Pascal Mayol, responsable France de l’association, qui a travaillé à l’élaboration de ce système inédit.

L’idée est de doter les grands navires — de commerce ou militaire — d’ordinateurs. Une baleine repérée ? Les marins entrent sa position, qui part immédiatement par satellite vers un serveur.

Une fois centralisées, les données sont renvoyées en temps réel aux bateaux. Sur l’écran, les marins peuvent consulter une carte où ils visualisent leur trajectoire et les « zones à risques ».

Quelques 3.000 baleines et des centaines de cachalots vivent en Méditerranée, selon M. Mayol, notamment en Méditerranée nord occidentale.

Dans ce secteur, « on a recensé 70 cas de collisions qui ont entraîné la mort de l’animal, depuis les années 70 », explique M. Mayol.

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« Mais des travaux ont montré que le nombre est peut-être jusqu’à 30 fois supérieur ». Certains cadavres disparaissent en mer, et ne sont pas comptabilisés. Sans compter les multiples blessures infligées aux cétacés.

Les baleines franches de l’Atlantique Nord, qui ne sont plus que quelques centaines, sont particulièrement menacées par ce phénomène, et des dispositifs existent déjà : observateurs spécialisés à bord des bateaux, ou encore survol par avion et présence de cétacés signalée par radio.

Pour l’heure, REPCET a été testée sur quatre bateaux de La Méridionale (cargos entre la Corse et le Continent), Telecom Marine, SNCM et Costa Croisière.

Mais pour que le système soit vraiment efficace, il faudrait que des dizaines de bateaux soient équipés dans le « sanctuaire Pelagos », espace maritime de 87500 km2 faisant l’objet d’un accord entre l’Italie, Monaco et la France pour la protection des mammifères marins, où les cétacés s’alimentent et se reproduisent.

Et que des centaines de bateaux soient équipés dans toute la Méditerranée, selon M. Mayol qui se dit « optimiste ».

Néanmoins, REPCET n’aurait pas pu éviter la dernière collision du capitaine Capoulade. « On était deux officiers de quart, vraiment attentifs, on observait la mer », mais il faisait nuit.

Et « la nuit, c’est la loterie », donc « on est en contact avec des fabricants d’appareils infrarouges qui détectent la différence de température. C’est une évolution prévue de REPCET », promet-il.

© AFP

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