Rejets de polluants à la mer : l’impact des engrais azotés reste important…

Dans le cadre des conventions internationales Ospar (Manche, mer du Nord, océan Atlantique) et Medpol (Méditerranée), la France mène des évaluations annuelles des flux de polluants rejetés en mer via les cours d’eau. Les flux de douze polluants sont évalués (ammonium, nitrate, azote total, orthophosphate, phosphore total, matières en suspension, cadmium, cuivre, mercure, plomb, zinc et lindane) pour chaque façade maritime.

Si le service de l’observation et des statistiques (SOeS), qui publie une synthèse de ces évaluations, souligne que la disponibilité des données limite l’évaluation annuelle des flux polluants et ne permet de disposer que de chroniques écourtées, des tendances se dessinent. Les apports phosphorés diminuent de plus de 50 % sur toutes les façades au cours de la période 1999-2009. Les flux d’azote (responsable de l’eutrophisation) restent globalement stables sur la même période.

La Seine, la Loire, la Garonne et le Rhône  »représentent bien souvent la majorité du flux total ». Avec une exception : la façade atlantique, où ces dernières années  »les flux des cours d’eau secondaires tendent à dépasser ceux des grands fleuves et sont plus importants en proportion par rapport à la surface qu’ils drainent ». Corse (C) Bonnenfant_FLickr.jpg Flux d’azote : l’agriculture encore fortement contributrice

Les flux d’azote sont liés au nitrate majoritairement (épandage d’engrais) et à l’ammonium (rejets de stations d’épuration) dans une moindre mesure. Rapportés aux surfaces de bassins versants, les flux azotés dans leur ensemble sont plus importants en Manche et mer du Nord, que sur le golfe de Gascogne. La raison ? Un recours aux engrais plus important et une densité de population plus forte. La Méditerranée enregistre quant à elle les plus faibles flux surfaciques azotés. L’azote entraîne des  »épisodes d’eutrophisation, (avec marées vertes) [qui] continuent d’être observés en France sur les plages bretonnes, dans le bassin d’Arcachon ou dans certaines lagunes méditerranéennes », rappelle le SOeS.

Les flux de nitrates sont très sensibles aux variations de débit des cours d’eau, ce qui entraîne de fortes différences selon les années. Sur la zone Manche – Mer du Nord, à pluviométrie comparable en 2004 et 2009, le flux d’azote lié aux nitrates a diminué de 10 % (145.100 tonnes). Sur la façade Atlantique, en 2002 et 2009, à débit comparable, les flux sont stables (250.000 tonnes). En Méditerranée, ce flux est plutôt stable depuis 1998, de l’ordre de 80 à 100 000 tonnes par an, avec une forte contribution du Rhône, proportionnelle au poids de son bassin versant.

Ces tendances correspondent aux volumes de surface consacrés à l’agriculture mais aussi au type de culture pratiqué. 75 % de la surface est dédiée aux activités agricoles sur la façade Manche – mer du Nord contre 69 % pour la façade atlantique et 38 % pour la façade méditerranéenne.  »Les apports par kilomètre carré sont deux fois plus importants en Manche et mer du Nord qu’en Méditerranée, en raison de pratiques agricoles différentes : zones de grande culture céréalière au Nord contre des cultures plutôt maraîchères au Sud. Les épandages d’engrais sont ainsi en moyenne deux fois plus importants sur les régions drainées en Manche – mer du Nord (aux alentours de 120 kg/an en Haute-Normandie et Nord – Pas-de-Calais, voire plus en Picardie) que sur les régions alimentant les flux méditerranéens (environ 60 kg/an en PACA, Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes) ».

En revanche, depuis la fin des années 90, les flux d’ammonium ont fortement diminué, notamment en Manche et mer du Nord (près de 70 %), grâce à l’amélioration des performances des stations d’épuration. Sur la période 1995-2005, la Seine (qui représente trois quarts du flux total en Manche – Mer du Nord) est le seul fleuve à ne pas atteindre une réduction de moitié des apports pour l’ammonium. Ce polluant est d’origine urbaine, le bassin versant de la Seine concentre 1,5 fois plus d’habitants que le Rhône et 2 fois plus que la Loire.

Flux de phosphore : diminution de plus de 50 %, sauf en Corse

 »Les matières phosphorées ont pour origines, à parts quasi égales, l’érosion des sols, l’activité agricole (engrais phosphatés), l’industrie et les rejets urbains, avec l’utilisation de détergents enrichis en phosphate afin d’adoucir l’eau », indique le SOeS.

Depuis la fin des années 90, les flux de phosphore sont en baisse de plus de moitié sur l’ensemble des façades maritimes. Une amélioration liée au moindre recours aux engrais phosphatés et à l’amélioration des performances des stations d’épuration. Cependant on assiste cependant depuis 2005 à une stabilisation voire à une nouvelle augmentation des flux en phosphore, plus marquée pour le Rhône. Ramenés aux surfaces de bassins versants, les flux de phosphore sont d’ordres de grandeur comparables.

De son côté, la Corse affiche des apports en hausse ces dernières années.
Source : actu-environnement.com  (08.02.11)

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