Ile de La Réunion – Baleines : un show toujours plus grandiose !

Ce n’est pas qu’une impression : le nombre de baleines présentes autour de l’île augmente bel et bien. D’où l’émerveillement de nous autres, pauvres petits humains, depuis la terre, par bateau ou par les airs. Si tout va bien, elles devraient être encore plus nombreuses dans les années qui viennent. Explications.

Il suffit d’un saut, d’un battement de queue ou de nageoire et c’est l’événement. Les automobilistes s’arrêtent, des embouteillages se forment, les appels affluent sur les radios et La Réunion a la sensation d’assister à l’un des spectacles plus merveilleux de la planète : les apparitions de sa majesté Baleine, reine des océans. Cette année, sans doute encore davantage que les précédentes, nous sommes gâtés : les baleines semblent plus nombreuses que jamais, visibles tout autour de l’île, et pas seulement dans l’Ouest ou le Sud mais aussi sur les côtes Nord et Est. Comme si elle s’attardaient davantage que par le passé. A moins que nous ne soyons plus attentifs que jamais. En réalité, l’augmentation du nombre de baleines le long des côtes réunionnaises est bel et bien avérée. Elle est même particulièrement sensible depuis 2008, année d’un “pic”, comme le dit Laurent Mouysset, l’un des salariés de Globice, organisme qui surveille et étudie les cétacés en général et les baleines à bosse (1) 
celles qui nous concernent – en particulier. Jusqu’en 2007, une vingtaine de baleines étaient repérées et photographiées chaque année. Or en 2008, ce nombre a grimpé subitement à 83, puis 84 en 2009 et 126 en 2010. Pour cette année, à deux mois environ de la fin de la saison, nous sommes déjà à 90 individus “uniques”. Nous disons bien “uniques” car chaque baleine est identifiable à sa “caudale” (sa queue) qui, par sa forme et sa pigmentation, correspond aux empreintes digitales chez l’homme : il n’existe pas deux caudales identiques dans le monde. Ce qui rend passionnante l’étude de ces cétacés… sauf qu’ils gardent encore bien des mystères.  Humpback mother-calf-(C) Richard Fisher-Flickr 2309.jpgMaman veille sur bébé, les mâles “draguent les tantines”

Ce que l’on sait, c’est pourquoi ces gigantesques créatures (jusqu’à 18 mètres de long pour 35 tonnes) viennent migrer vers chez nous : les femelles pour mettre bas et les mâles en quête de femelles avec qui s’accoupler. Le reste de l’année, les baleines vivent en Antarctique, où se trouve leur garde-manger naturel : le krill, de minuscules petites crevettes qui, en grande quantité, parviennent même à colorer la mer en rose. Mais lorsqu’arrive la fin de la gestation (qui dure de 10 mois à un an), maman baleine doit diriger des eaux plus chaudes que supportera son baleineau, un joli bout de chou tout blanc de 4 petits mètres et 700 petits kilos. Et c’est donc vers l’Afrique du Sud, le canal du Mozambique, Madagascar, La Réunion (et l’océan Indien en général) que migrent les baleines, à partir de mai-juin puis plus massivement vers juillet-août avant de repartir en octobre. Nous, heureux chanceux, assistons donc aux premiers coups de nageoires de ces bébés, qui ont impérativement besoin de leur maman pour apprendre à se mouvoir et respirer. Mais aussi pour être protégés des prédateurs que sont les orques ou les requins, ce qui explique que le nourrisson et sa mère restent près des côtes. D’où les magnifiques photos aériennes de baleines et de leur baleineau prises par avion ou ULM, mais aussi les bonds constatés hors de l’eau depuis la côte. Bébé apprend, bébé s’amuse, au contact de maman. Et papa dans tout ça ? Chez les baleines, le géniteur s’en va dès l’accouplement, bébé ne le connaîtra jamais. Il arrive qu’un mâle accompagne parfois une baleine et son petit, “comme une escorte”, explique Globice, mais sans lien de parenté. Mais si les mâles frayent dans les eaux de l’océan Indien, c’est plutôt en bandes (en “groupes actifs” disent les scientifiques) et pour “draguer les tantines”, si vous nous passez l’expression.

D’où, là encore, des sauts hors de l’eau et de grands coups de caudales et de nageoires pectorales qui claquent, pour impressionner les rivaux et les belles. C’est également au cours de cette parade amoureuse que, calé dans les eaux profondes (mais pas trop, pas plus de 150 m), le mâle entonne ses chants d’amour, pouvant passer jusqu’à 45 minutes sans sortir respirer. Alors, combien de baleines autour de La Réunion ? Plusieurs centaines, selon Globice, mais notre île est en tout cas moins fréquentée que Madagascar, notamment la baie d’Antongil, dans le Nord-Est. Là-bas, l’association Cetamada estime leur nombre entre un et deux milliers d’individus. L’ONG américaine Wildlife Conservation Society (WCS) jauge quant à elle à 7000 le nombre d’individus dans le canal du Mozambique. WCS a d’ailleurs confié aux scientifiques réunionnais un catalogue de 1021 baleines “capturées” dans la baie d’Antongil pour le comparer au catalogue de 450 caudales déjà enregistrées ici. Calmons-nous : le verbe “capturer” signifie seulement, dans ce cas, que leur queue a été prise en photo et qu’elles sont donc identifiées. Or, il se trouve que l’on a “recapturé” à La Réunion trois baleines qui se trouvaient à Madagascar au début des années 2000. Cinq autres individus ont été identifiés au large de La Réunion en 2009, puis en 2010. Quant à la baleine baptisée “Yoga”, elle est presque une habituée de nos eaux : elle y est venue en 2003, puis 2009 et 2010.

Satellites et études génétiques

L’ennui, c’est que malgré les études, les observations en mer ou par satellite, on ignore encore le trajet exact qu’effectuent les baleines lors de leurs transhumances annuelles. Elles sont capables de franchir des milliers de kilomètres et de rester plusieurs semaines au même endroit puisqu’à La Réunion, l’une d’elles a été vue deux fois à 62 jours d’intervalle (le record local). Mais pour en savoir plus, il faut rivaliser de patience et d’ingéniosité. Ainsi, outre ces comparatifs de “recaptures” entre La Réunion et Madagascar, une opération a été lancée l’an dernier à partir d’échantillons de peau prélevés sur des baleines (2). Ils nous éclaireront peut-être sur la proximité génétique entre les baleines qui frayent à La Réunion et celles observées à Madagascar, Mayotte, Mozambique ou Afrique du Sud. Et l’on continuera surtout d’étudier ce regain de vigueur de l’espèce. Les spécialistes se sont demandés si les baleines revenaient davantage chez nous en raison d’évolutions des courants marins ou d’un éventuel réchauffement des eaux. Mais l’hypothèse retenue comme la plus plausible est encore plus souriante : tout porte à croire que le moratoire sur la chasse à la baleine, décidé il y a 25 ans, porte ses fruits et permet à l’espèce de se régénérer. Chaque année, les effectifs se reconstituent à raison de + 9%. C’est énorme. Et du coup, les baleines seraient en train de recoloniser des milieux qu’elles occupaient par le passé. Chouette, voilà qui nous promet de superbes ballets aquatiques pour l’avenir !

David Chassagne

(1) Appelées ainsi en raison de la forme de leur dos, arrondi, lorsqu’elles plongent. (2) Grâce à un procédé indolore : une flèche pourvue d’un embout spécifique est lancée avec une arbalète. Elle permet de prélever un petit morceau de peau. Source : clicanoo.re (18.09.11) Actualité récente en rapport : Ile de la Réunion : les baleines provoquent un accident le long de la route du Littoral !

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Voir également : globice.org

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