Les récits d’Isabelle Autissier : les globicéphales…

Contente de vous retrouver pour cette rentrée et de vous faire partager mes découvertes de cet été. Aujourd’hui en direct dune île perdue dans le nord qui s’appelle Fair isle mais c’est d’ une autre ile dont je veux vous parler.

Cap sur les Féroé, cet archipel perdu au nord ouest de l’Ecosse, entre pluie, nuages et falaises.  Des gens rudes comme le veut le climat et surtout une pratique très controversée : la pêche au Globicéphale, un mammifère marin qui peut atteindre 9 mètres de long.. Survivance d’un passé de famine, rite de passage à l’âge adulte, revendication culturelle, la chasse de ces paisibles animaux se perpétue au grand dam des écologistes. Le pêcheur que nous avons rencontré nous en parle dit d’un air de défi :  »  je sais nous ne sommes pas bien vu pour cela. Mais c’est ainsi, on ne lâchera pas. On le fait depuis le 13ème siècle, pensez donc ».

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Des hordes de globicéphales passent entre les îles pour leur malheur. Dès qu’ils sont signalés, c’est l’affairement, SMS et téléphones portables crépitent.  Tous les petits bateaux sortent et rabattent le groupe selon la technique ancestrale en jetant des pierres à l’eau retenues par des ficelles. Cela crée un rideau de bulles que les animaux interprètent comme un mur infranchissable. Petit à petit ils sont conduits dans l’un des 23 sites autorisés par le règlement coutumier, une plage dans une baie assez fermée. Là, une foule les attend. Femmes et enfants sur la plage et hommes et adolescents dans l’eau jusqu’ au ventre armés de coutelas emmanchés dans de longues perches. Le massacre, car c’en est un commence. Les globicéphales affolés errent en tous sens, les gens crient, on se bouscule pour les acculer au rivage. Un gros crochet passé dans l’évent sert a les immobiliser puis  ils sont  proprement égorgés. Pas le temps de souffrir assurent les chasseurs. Ca c’est à voir.

Adultes, juvéniles, mâles, femelles, tout y passe. La baie devient une mare immense de sang dans lequel pataugent les hommes sur excités. Un bon jour c’est 700 ou 800 globicéphales, une petite prise c’est de toutes façons plusieurs dizaines.

Aujourd’hui ce sont des moyens modernes qui permettent de tirer les corps jusqu’à un quai ou une grue les met à terre.  Chaque île a sa horde de chasseurs et les prises lui reviennent. Selon un savant calcul, chaque habitant a droit à une portion de cette viande rouge comme du bœuf ou de lard de plusieurs dizaine de centimètres d’épaisseur. Si cela vous intéresse sachez que le tout peut se faire bouillir ou frire au moins une heure et demi et servir avec des patates et même de la  confiture. Chaque habitant a droit à se ration, libre à lui de refuser, ce qui commence à arriver ou de la revendre sur le marché.

Quand le responsable de l’île juge que chacun a eu assez pour l’année, le massacre cesse jusqu’à l’année suivante, à moins que l’on ne décide d’alimenter une autre île moins favorisée par les passages.

Pas de problème nous dit le pêcheur, il parait qu’il y aurait plus de 700 000 globicéphales dans l’atlantique nord, le comptage ayant été garanti par les études des japonais, eux aussi grand chasseurs de mammifères marins.

L’espoir de mettre fin à cette boucherie d’un autre âge : les jeunes qui commencent à trouver que toutes les traditions ne sont pas forcément bonne et la contamination aux PCB, ironie de l’histoire, due à l’homme, et qui pourrait se révéler néfaste pour la santé de consommateurs. La viande de globicéphale est d’ores est déjà interdite aux femmes enceintes et allaitantes.

Etrange sentiment quand on voit ces somptueux animaux en mer de penser qu’ils sont encore sacrifiés pour prolonger des rites.

Pourvu que cela cesse bientôt, peut être grâce à nos protestations répétées.


Source : franceinter.fr  (31.08.13)

Source photo : wikimedia.org 

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