Baleines échouées : attention danger… !

PAPEETE, jeudi 16 janvier 2014. Depuis samedi dernier, les photographies de quatre personnes qui ont découvert le cadavred’un grand cachalot sur le récif de Nake à Takume (centre nord des Tuamotu) font le tour des réseaux sociaux et des rédactions. De fait, le cadavre du cétacé de plus de 12 mètres de long, gisait là depuis plusieurs semaines, et d’autres avant eux s’étaient servis sur la dépouille de l’animal. La mâchoire inférieure de l’animal a été visiblement sciée pour emporter les dents du cachalot. Le fait que la Polynésie française est un sanctuaire pour les cétacés depuis 2002 n’a pas effleuré l’esprit de ces chasseurs de trophée, trop heureux sans doute de profiter de l’isolement de ce récif, pour masquer leur forfait.

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La réglementation en vigueur indique pourtant que l’on n’a pas le droit de détenir une espèce protégéeou tout élément de cet animal, qu’il soit vivant ou mort. Les prélèvements sur un animal protégé, même pour les spécialistes des cétacés qui mènent des recherches nécessitent une approbation de la Direction de l’environnement du Pays. Heureusement, samedi dernier, les quatre personnes qui ont découvert la dépouille du grand cachalot ont eu, un bon réflexe, celui de prévenir les autorités qui ont passé l’information à l’association Te Mana o Te Moana, qui a créé en 2011 un Observatoire des cétacés en Polynésie française. L’association Te Mana o Te Moana, comme le GEMM, groupe d’étude des mammifères marins invitent la population à signaler les échouages, car ces informations permettent à ces spécialistes de fournir un rapport le plus complet possible pour le Plan Territorial d’actions des espèces marines emblématiques.

En début de cette semaine, un autre échouage est signalé, mais cette fois au sud Est de Raiatea dans les Îles sous le Vent. Il s’agit d’une baleine à bec de Cuvier, une espèce commune dans les eaux polynésiennes même si on les voit peu car elles sont farouches et vivent dans les grandes profondeurs. Une espèce plus proche physiquement du dauphin que de la baleine. L’association Te Mana o Te Moana, prévenue de cet échouage a demandé au GEMM, basé à Raiatea de se rendre sur place pour les premiers constats : détermination de l’espèce, du sexe et tentative de compréhension des causes de la mort. Ces observations indiquent que l’animal est échoué sur le récif depuis plusieurs jours, au moins depuis samedi dernier, sans qu’il soit possible d’être plus précis. Il s’agit d’un mâle de 5,20 mètres. Quelques traces de morsures sont visibles mais elles ont été probablement causées par des requins, post mortem. Les prélèvements effectués sur la dépouille de cette baleine à bec permettront peut-être d’en savoir plus, mais les échantillons ne seront pas expédiés à Tahiti avant plusieurs semaines.

Les raisons de ces échouages restent méconnues, c’est pourquoi les spécialistes des cétacésou des mammifères marins de Polynésie souhaitent être informés lorsqu’ils surviennent pour les quantifier tout d’abord et tenter de trouver les causes de chacun des cas observés. Des hypothèses seulement sont avancées : la maladie, la vieillesse de l’animal dans certains cas, ou bien une mort naturelle à proximité d’un récif qui provoque l’échouage du cadavre. En Polynésie française, ces échouages sont constatés régulièrement mais restent le fait d’animaux isolés.

Rien de comparable à ce qui s’est produit récemment en Nouvelle Zélandeavec au cours des dernières semaines deux échouages massifs de globicéphales à Golden Bay (Île du Sud) : le dernier, ce mardi, a provoqué la mort d’une douzaine de ces baleines. Cette baie, près la ville de Nelson, est visiblement mortifère pour les cétacés, car deux autres échouages massifs s’étaient déjà produits, au même endroit en 2012. «A Golden Bay il semble que cela soit la configuration de cette baie, en pente douce, qui explique ces phénomènes. La baie est une sorte de piège naturel depuis lequel les globicéphales ne parviennent pas à rejoindre le large. Comme il s’agit d’animaux très sociaux, quelques globicéphales s’engagent dans le passe et tout un groupe suit. Tous se retrouvent ensuite piégés» explique Pamela Carzon, chef de mission du Groupe d’étude des mammifères marins en Polynésie française.

Il ne s’agirait donc pas de suicide collectif ou de causes liées à une dégradation de l’environnementcomme le suggèrent certains commentaires. Enfin, même si les cétacés inspirent de la compassion aux hommes car ils appartiennent à une espèce protégée et jouissent d’une image très positive est une chose, il faut néanmoins se rappeler du destin nécessairement mortel de ces mammifères comme tout être vivant. La mort peut ainsi être un événement naturel, tout simplement.

Vers un réseau local d’observation des échouages

Les quelques échouages annuels de cétacés en Polynésie française nécessitent cependant d’être étudiés plus en détail. En octobre dernier, Cécile Gaspar, la présidente de l’association Te Mana o Te Moana lançait un appel aux témoignages «dans le but de recueillir le maximum d’informations sur les différents échouages de mammifères marins (baleines, dauphins ou otaries) qui ont eu lieu en Polynésie française depuis dix ans ou plus». Le tout pour évaluer la nécessité de la mise en place d’un réseau d’échouage polynésien avec des correspondants locaux. Un appel aux témoignages lancé par la présidente de l’association dans le cadre de son mandat de représentante pour le Pacifique du Réseau National d’Echouage des mammifères marins et en collaboration avec la Direction de l’environnement. Toutes les informations à ce sujet restent importantes à collecter pour l’Observatoire des cétacés que gère l’association.
Contact : Cécile Gaspar – cecile.gaspar@gmail.com – 70 60 66 – 56 40 11

Eviter de manipuler les dépouilles

Pour les spécialistes des cétacés, les photos des quatre polynésiens, parfois juchés sur le cadavre du grand cachalot retrouvé à Takume ont provoqué de vives réactions. «J’ai eu un choc en découvrant les photos. Ils se sont approchés en ne prenant aucune précaution, alors que chez ces animaux la transmission de bactéries est importante» souligne Matthieu Petit de l’association Te Mana o Te Moana. D’autant que ces bactéries, transportées par les cétacés, peuvent transmettre à l’homme des maladies parfois incurables. Autre risque : celui de l’explosion pure et simple ! «La putréfaction entraîne la production de gaz qui font gonfler le cadavre. Il y a un vrai risque que ça leur pète à la figure» détaille Pamela Carzon du GEMM. La mésaventure s’est véritablement produite en novembre dernier aux îles Féroé en Atlantique Nord et le souffle de l’explosion des entrailles est peu ragoûtant.

Ceux qui en doutent peuvent aller consulter la vidéo sur Internet, en CLIQUANT ICI


Source & photos : tahiti-infos.com (16.01.13)
 
Source photo : Patricia Hubbard – GEMM


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