Manifestation contre Marineland : «Ces cétacés captifs ne peuvent pas être remis en liberté»…

Willy Dabin, expert à l’Observatoire PELAGIS de l’université de La Rochelle-CNRS, revient sur la manifestation organisée ce dimanche devant le parc aquatique Marineland à Antibes…

 

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L’onde de choc «Blackfish» arrive en France. Sorti en 2013 aux Etats-unis, ce documentaire qui dénonce les conditions de captivité des orques à SeaWorld a plombé le chiffre d’affaires du groupe américain, le contraignant à doubler la taille de ses bassins. Deux mois après sa diffusion en France, c’est le delphinarium d’Antibes qui est la cible des défenseurs de la cause animale. Ce dimanche jusqu’à 200 manifestants ont fait signer une pétition pour demander la libération de «tous ces cétacés». Willy Dabin, ingénieur à l’observatoire PELAGIS, fait le point sur ce débat sensible.

Comment réagissez-vous au mouvement suscité par le documentaireBlackfish?

L’agitation autour des animaux captifs se fait souvent dans un registre très émotionnel, en posant le caractère absolu des choses et notamment le fait que les animaux sauvages ne devraient vivre qu’en milieu sauvage. En tant que scientifiques, nous ne voulons ni incriminer, ni défendre les uns et les autres. Nous constatons une situation de fait: il y a une demande du public pour venir voir ces animaux et ces animaux qui vivent et naissent aujourd’hui en captivité ne peuvent pas être remis en liberté.

Ils n’y survivraient pas ?

De fait, ces cétacés captifs depuis de longues années ou nés en captivité ne sont pas réhabilitables. Un dauphin qui n’a jamais évolué en milieu naturel, qui n’a jamais eu à rechercher et à chasser ses proies ne peut être remis dans son milieu naturel sans risque pour sa survie. Il en est de même pour sa capacité a retrouver ses congénères: toutes les expériences passées en ce sens ont été vaines. De plus, ces actions introduisent généralement de la souffrance pour les animaux et sont très onéreuses, alors que ces deniers pourraient permettre des actes de protection à l’échelle d’une population et pas d’un seul individu.

Qu’en est-il de leurs conditions de captivité ?

Contrairement aux animaux terrestres de type africain (buffles, zèbres, etc.) pour lesquels les parcs ont réussi ces 15 dernières années à recréer des territoires de taille satisfaisante parfois assez équivalents à leur territoire sauvage, les mammifères marins évoluent eux à l’état sauvage sur de très grandes surfaces et à de grandes profondeurs qu’il est impossible de reproduire en captivité. Les parcs aquatiques tentent de pallier ce problème en développant des activités de dressage et de jeu qui sont au cœur de leur spectacle. Elles permettent de maintenir les animaux dans de bonnes conditions physiques et aussi d’éviter ces gestes répétitifs que des animaux en cage peuvent faire. Mais ce n’est jamais assez.

Comment améliorer leur confort de vie ?

Il faudrait augmenter la profondeur des bassins pour leur permettre d’utiliser leur sonde ou surtout développer des espaces de semi-liberté en milieu naturel, plus ouverts où ils peuvent évoluer en dehors des spectacles. Cela est notamment intéressant en cas de reproduction en captivité: si une semi-liberté est donnée dès la naissance, cela peut permettre d’envisager ensuite une remise en liberté. Mais ces améliorations se heurtent souvent à des questions d’infrastructures et des raisons économiques.

Que pensez-vous des parcs qui défendent leur travail de pédagogie auprès du grand public ?

Quand on exploite un parc, que ce soit des manèges ou des animaux, ce sont les entrées qui comptent. Ce sont des businessmen en premier lieu qui trouvent là un argumentaire séduisant. Néanmoins, ce sont parfois des partenaires dans le travail de recherche de part l’accès à des animaux captifs: sur le développement d’outils (balises télémétriques), l’évaluation de leurs biologie et physiologie. Autant de recherches qui peuvent avoir des implications technologiques ou en médecine humaine, hors des aspects de protection de l’environnement. Les parcs appartiennent aussi à des réseaux de sciences participatives qui collectent des données précieuses (quelles qu’en soient les motivations initiales). Beaucoup des personnes qui travaillent dans ces parcs, comme les vétérinaires, les soigneurs, ne sont pas des partisans de la captivité dans l’absolu. Mais comme ces parcs existent, ils veulent offrir de meilleurs conditions de vie à ces animaux…
Source : 20minutes.fr (12.09.14) 


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