Les plastiques étouffent les océans et… les dauphins

La Swiss Cetacean Society organise cet été une expédition pour évaluer la pollution dans la mer Méditerranée.

L’été approche à grands pas. Dans quelques mois, finie la grisaille. Les orteils en éventail et les pieds dans le sable, les vacances estivales commenceront. A la plage, sûrement. En Méditerranée, peut-être. Sans savoir que cette mer, appréciée des plaisanciers de tout poil pour sa douceur, est malade de sa pollution. Alors qu’elle ne représente que 1% de la surface des océans, elle accueille entre 4 et 18% des espèces marines connues, mais aussi 30% du trafic maritime mondial. «Sa situation géographique particulière – un plan d’eau quasi fermé, bordé d’une forte densité de population – fait de la Méditerranée une mer relativement polluée», explique Pascal Hagmann, fondateur d’Oceaneye, une association genevoise qui étudie la contamination des océans par les plastiques.

269 000 tonnes de plastique

Selon une recherche menée par cette association, publiée en avril 2015 dans la revue scientifique Environmental Science and Pollution Research (ESPR), les eaux de surface de la Méditerranée abritent en moyenne 130 000 fragments de plastique par kilomètre carré, contre environ 300 000 dans les gyres océaniques – ces zones de convergence où se concentrent les déchets. Afin d’évaluer cette pollution et ses conséquences sur les mammifères marins, la Swiss Cetacean Society (SCS), une ONG basée à Lausanne, membre de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN), mènera en juillet prochain une expédition qui permettra à Oceaneye de récolter des échantillons.

«La Méditerranée héberge huit espèces de cétacés, dont des dauphins, des cachalots et des baleines, raconte Max-Olivier Bourcoud, président de la SCS. Ces animaux sont principalement menacés par les collisions avec les navires, mais aussi par le plastique. J’ai assisté personnellement à la nécropsie d’un dauphin retrouvé mort sur une plage. Sa poche stomacale était remplie de sacs. Et la plupart des animaux qui meurent dans l’eau ne viennent pas s’échouer sur le rivage.»

Selon une étude publiée le 10 décembre 2014 dans la revue PLoS ONE, 269 000 tonnes de déchets plastiques flottent à la surface des mers. Une estimation «très prudente» qui peut être considérée comme un «minimum», précisent les auteurs. Le phénomène n’est pas près de se réduire: des travaux dévoilés par le journal Science en février 2015 estiment que 275 millions de tonnes de déchets plastiques ont été produits dans le monde en 2010, parmi lesquels 4,8 à 12,7 millions ont été déversés dans les océans. Si rien n’est fait, la quantité rejetée dans les mers sera multipliée par dix d’ici à 2025.

Principales victimes? «La faune marine et les oiseaux qui confondent ces ordures avec leur nourriture naturelle, poursuit Max-Olivier Bourcoud. Ils finissent par en mourir, par étranglement ou étouffement.»

L’ampleur de cette pollution demeure mal connue, indique Pascal Hagmann

«Néanmoins, l’ampleur de cette pollution demeure mal connue, précise Pascal Hagmann. Selon les études, les estimations de la concentration de plastique dans les océans varient énormément. Par ailleurs, nous ne disposons que de peu de données sur son évolution au cours du temps. Il s’avère donc important de mener de nouvelles missions, afin de mieux connaître ce problème.» D’autant que les déchets flottants ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. «Certains plastiques, comme le polyéthylène des sacs de supermarché, sont très légers et restent en surface. Mais d’autres sont plus denses que l’eau et coulent, poursuit Pascal Hagmann. C’est le cas du PET, avec lequel sont fabriquées les bouteilles. Nous estimons que 70% de la pollution se trouve au fond des océans, soit bien davantage qu’en surface.»

Des écovolontaires à bord

Concrètement, l’expédition lancée par la SCS impliquera deux bateaux à voile, qui vont sillonner la mer au large de l’île de Porquerolles, pendant une à deux semaines. «L’objectif de cette mission est d’étudier les flux de déchets plastiques dans la Méditerranée en collectant des échantillons et de surveiller la faune marine des cétacés, explique Max-Olivier Bourcoud. Ce travail est essentiel pour la conservation de tout l’écosystème méditerranéen.» Mais mener ce type d’opération coûte cher. «Nous n’avons ni subvention ni mécène, précise Max-Olivier Bourcoud. Pour réaliser nos missions, nous invitons le public à monter à bord et à contribuer au financement. Il ne s’agit pas de vacances ni d’une croisière, mais de participer à une étude scientifique.» Avis aux écovolontaires, il reste des cabines pour la prochaine mission.

Renseignements: www.swisscetaceansociety.org et www.oceaneye.ch

Source et photo : 24 heures, 30.04.2016

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