Le projet Delphinorove – Empathie ou supercherie… ?

Un article Infos Vie Marine et Réseau-Cétacés, 11 juin 2016 –

Rappel des grandes lignes du projet « Delphinorove » initié par Monsieur Guy Imbert, directeur de recherche au CNRS et ancien compagnon de route du commandant Cousteau :

Créer, au sein de l’Etang de Berre (Bouches du Rhône), dans le canal du Rove plus précisément, un centre de réhabilitation pour cétacés issus de delphinariums et cétacés sauvages en difficulté.

 

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Plus de détails :

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La réhabilitation est l’étape préalable indispensable à la ré-intégration d’un cétacé dans son milieu naturel. Cette phase transitoire doit permettre à l’animal de (ré)apprendre à vivre dans un milieu sauvage : chasser, se défendre, etc… Il s’agit donc de le sevrer de sa dépendance à l’homme.

A ce jour, des dauphins anciennement captifs sont parvenus à suivre avec succès un tel protocole. Notons toutefois que le dressage en captivité consiste à briser la nature même de l’animal, tous les cétacés « ex-captifs » ne peuvent donc pas survivre en milieu sauvage malgré la mise en place d’un programme de réhabilitation.

Dans le cadre de ses activités liées à la sauvegarde des cétacés, Réseau-Cétacés s’intéresse de près à de tels programmes.

Le 1er juin, Georges Edouard Duthoit (Administrateur de la page Infos Vie Marine) s’est donc rendu, pour Réseau-Cétacés, à la 5ème réunion de présentation du projet Delphinorove autour de l’Etang de Berre, celle-ci se tenait à Velaux.

Sur place étaient présents des acteurs du projet, des élus et des locaux ; Réseau-Cétacés étant la seule association de sauvegarde des cétacés représentée.

En tout premier lieu, Guy Imbert, a dressé un bilan de la situation des delphinariums en France et pays frontaliers, qualifiant ces établissements de « prisons » et reconnaissant la nécessité de la mise en place d’un protocole de réhabilitation en vue de ré-intégrer les cétacés anciennement captifs en milieu naturel. Son programme de réhabilitation s’adresse aux grands dauphins.

Il a d’ailleurs précisé que l’objectif initial de son projet était de réhabiliter des cétacés captifs et que c’est à la demande de l’équipe Cousteau, qui soutient le projet, qu’il a décidé d’étendre « l’activité » aux dauphins sauvages en détresse.

Monsieur Guy Imbert a ensuite introduit 3 des questions majeurs liées au projet :

1 – Comment récupérer les cétacés à réhabiliter ?
2 – Où trouver un site pilote ?
3 – Où relâcher les cétacés ?

Pour notre part, nous n’avions pas moins de 17 questions à poser pour mesurer la fiabilité du projet…

1 – Comment récupérer les cétacés à réhabiliter ?

Ceux-ci proviendraient donc :

– de l’industrie de la captivité : delphinarium qui ferme ou choix délibéré d’un delphinarium de se séparer d’un ou plusieurs individus.

– du milieu sauvage pour ce qui concerne les cétacés en détresse.

2 – Où trouver un site pilote ?

Celui-ci a déjà été trouvé, il s’agit donc du canal désaffecté du Rove, un canal de navigation rattaché à l’Etang de Berre.

Celui-ci fait plusieurs kilomètres de long et a une profondeur de 2,5 à 3 mètres.

De l’eau de mer serait envoyée dans la partie réservée aux cétacés…

Réseau-Cétacés ne se prononcera pas sur les détails techniques et structurels de cette partie du projet dans la mesure où nous ne sommes pas des spécialistes de la thématique qui fait, de toute façon, intervenir plusieurs domaines de compétences.

3 – Où relâcher les cétacés ?

En méditerranée, c’est grâce à un navire équipé* et un équipage professionnel (du moins professionnel de la navigation car l’aspect personnel vétérinaire / spécialiste des cétacés n’a pas été abordé), que les cétacés seront « invités » à suivre vers le large…

Il n’y aura aucune structure terrestre, uniquement cette structure d’assistance embarquée.

*L’équipement prévu, sur le navire de 18 mètres, sera le suivant : bassin pour les soins médicaux, équipement vétérinaire, stock de poisson.

Le bateau sera exploité 365 jours par an, plus de 12H par jour.

Ces « balades » seront motivées par le fait qu’à l’arrière de l’embarcation des poissons morts et congelés seront donnés aux cétacés ; elles pourront durer plusieurs jours.

Si les cétacés retrouvent leur instinct de chasse, ils pourront se nourrir par eux-mêmes, sinon le bateau continuera de leur donner du poisson.

Nous déplorons qu’au cours de cette réunion, aucune information n’ait été donnée sur le protocole détaillé de ré-apprentissage de la chasse et, plus globalement, de la vie sauvage… La « balade » en mer ne suffit pas…

Le but est qu’un jour les cétacés ne suivent pas le bateau au retour vers le canal… Oui, c’est maigre… D’autant plus maigre, que la question du cétacé « non-réhabilitable » (et il y en aura c’est sûr) n’a absolument pas été abordée… Pas plus que la question du suivi des cétacés relâchés.

Alors, la question est légitime : a t-on vraiment envie de voir ces cétacés regagner le large ?

Si l’on se réfère à ce que l’on a entendu, le succès de la réhabilitation se mesurera en cétacés qui ne seront pas retournés dans le canal avec le bateau…

Et, lorsque cette action aura réussi avec un groupe et bien l’équipe recommencera ses « balades » avec un autre…

Trop de questions à poser versus trop de « bla-bla »…

Ensuite, différents intervenants se sont exprimés (plongeurs de l’équipe Cousteau, historien spécialiste de l’Etang de Berre…) et malgré tout le respect que nous avons pour ces personnes au parcours méritant, force est de constater que nous nous sommes perdus dans leurs anecdotes de carrière et très fortement éloignés du sujet qui nous préoccupe malgré un temps limité pour la réunion…

Georges a pu prendre la parole en fin de réunion mais le temps étant compté, il n’a pas eu l’occasion de poser publiquement ses questions ; d’ailleurs la consigne lui avait été donnée de poser des questions « simples »…

C’est donc en « off » que nous avons pu apprendre certaines choses, notamment que le projet n’est au point sur rien (mais bon, nous nous en doutions un peu) sauf sur la partie technique (et encore…).

Nous avons également appris que Monsieur Guy Imbert entretient des liens étroits et réguliers avec Sandrine Gabet Pujol qui est à la tête du projet « Dolphy Centro » qui se veut lui aussi être un « havre de paix » pour les dauphins qui devront, malgré cela, participer à des séances de delphinothérapie tarifées avec les humains… !

Mais, même en « off », nous n’avons pas eu de réponses précises à nos questions, pourtant elles ne se voulaient pas « piégeantes »… Bref, nous tournons en rond comme un dauphin dans un bassin…

A la lecture de ces lignes, vous comprendrez donc que Réseau-Cétacés émet un avis totalement défavorable à ce projet qui ne se soucie pas suffisamment – par méconnaissance ou par supercherie – du bien-être des cétacés ; il est même légitime de se demander si la vocation première du projet n’est pas de re-créer de l’activité touristique autour de l’étang de Berre en surfant sur la désaffection actuelle du public pour les delphinariums, en proposant une structure à l’aspect moins bétonnée mais tout aussi carcérale. Nous posons encore une fois la question à Monsieur Imbert : avez-vous vraiment l’intention de laisser les cétacés regagner le large et par le biais de quel protocole ?

Pour autant, quelques jours après la réunion, nous apprenions par voie de Presse que Réseau-Cétacés était officiellement affilié au projet… ! Mensonge de Monsieur Imbert ou mauvaise interprétation du Journaliste ?

« On a besoin d’utopie pour avancer », voilà une phrase que nous avons entendu tout au long de la réunion et qui prend tout son sens à la lecture de ce compte-rendu, n’est-ce pas ?

Sources photos :

Marineland Antibes sur commons.wikimedia.org

Étang de Berre sur commons.wikimedia.org

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