La Méditerranée va mieux, les baleines un peu moins.

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Les eaux de la Méditerranée sont de meilleure qualité le long des golfes de plus en plus clairs. Mais les cétacés voyagent toujours chargés de PCB et autres pesticides.

Boire la tasse lors de la baignade cet été ne devrait pas conduire tout droit aux urgences : la qualité des eaux côtières de la Méditerranée s’améliore d’année en année. C’est le constat, encourageant, réalisé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et la Direction interrégionale du ministère de l’Écologie pour l’année 2015.

Pourtant l’humeur n’est pas au triomphalisme. « Le milieu reste fragile » relève le rapport et les « poches » de pollution sont encore nombreuses. Et surtout, au large et en eau profonde, les grands cétacés sont sous la menace des micro-plastiques alors qu’ils sont déjà fortement pollués aux « contaminants historiques ».

L’amélioration de la qualité de l’eau, désormais « bonne, voire très bonne », est à mettre au compte des efforts consentis par la France pour respecter les normes européennes : « Cela a été rendu possible par la diminution ou la suppression des points de rejets ponctuels » explique tout en nuances Laurent Roy, le directeur de l’Agence de l’eau. En clair, les villes se sont équipées en stations d’assainissement dignes de ce nom et elles cessent progressivement de prendre la Méditerranée pour une poubelle ou des toilettes à ciel ouvert. Mais ces équipements ne sont pas infaillibles : le paracétamol contenu dans les médicaments humains ou vétérinaires a une fâcheuse tendance à passer entre les mailles des filets des stations d’épuration, ce qui n’est pas pour plaire aux poissons, même souffreteux.

Cette bonne note générale est aussitôt assortie d’une ribambelle de bémols. D’abord la contamination chimique n’a pas disparu par magie. Le tributylétain contenu en abondance dans les peintures de bateaux, les polluants chimiques historiques comme les PCB ou l’arsenic et aussi des résidus métalliques résistent à cette volonté d’obtenir une mer plus bleue que bleue. Ce qui fait dire à Laurent Roy que certains secteurs « sont très dégradés ». Et d’égrener la liste : la rade de Marseille, la rade de Toulon et la Côte d’Azur et sa conurbation d’un seul tenant. Ce qui laisse peu de place aux zones réputées « propres ».

Viticulture et arboriculture, fournisseurs en pesticides

Si les villes polluent, le salut ne vient pas forcément des campagnes. Le rapport pointe aussi certaines pratiques agricoles : « L’activité viticole est un bon traceur de la pollution marine » explique diplomatiquement Laurent Roy avant de se faire plus explicite : « La pollution de la mer aux pesticides donne une carte précise des zones viticoles en face, sur la terre ferme ». À la bonne vôtre. Mais la viticulture n’est pas seule en cause selon l’Agence de l’eau, l’arboriculture apporte également sa pierre à la contamination aux pesticides des eaux côtières.

Dans cet océan de nouvelles en demi-teinte, des îlots d’optimisme émergent. Ainsi au large du Cap Roux dans le Var, les poissons croissent et batifolent comme jamais. Mais là encore, difficile de faire la part entre l’amélioration de la qualité de l’eau et la réglementation draconienne de la pêche récemment mise en place.

Les micro-plastiques, le nouveau danger

Pour trouver une eau pure comme de… l’eau de roche, le grand large n’est pas obligatoirement la bonne adresse. Denis Ody, océanographe au WWF sillonne la Méditerranée depuis dix ans avec l’aide sonnante et trébuchante de l’Agence de l’eau pour rencontrer les grands mammifères marins.

Et à chaque virée en mer, les baleines et les cachalots lui parlent en donnant un peu d’eux-mêmes, des prélèvements de peau et surtout de gras. Le constat est accablant : la concentration de « polluants historiques » comme les pesticides, les PCB, le DDT peut atteindre des seuils vertigineux, proches « de l’impact physiologique » s’alarme le chercheur. « Quand on pense que ces animaux vivent loin au large, en eau profonde et qu’ils se nourrissent de crevettes sauvages, on imagine l’effet sur les humains » interroge Denis Ody. L’échantillonnage est conséquent (à chaque fois 60 individus minimum) et mêle mâles et femelles : « Les mâles sont plus contaminés que les femelles car elles rejettent des polluants avec leur lait maternel ». « Sur cette terre, il n’y a plus de sanctuaire » lâche un peu amer l’océanographe reparti ces jours-ci pour une nouvelle chasse sous-marine. Sa cible cette fois, ce sont les micro-plastiques. Le littoral compris entre Antibes et Villefranche-sur-Mer et la côte orientale de la Corse présente les plus fortes concentrations de ces polluants de dernière génération : 1500 microparticules par hectare alors que la concentration moyenne en Méditerranée est de 100 par hectare.

Les micro-plastiques, ce ne sont pas seulement les sacs de course avec lesquels s’étouffent les dauphins. C’est une pollution insidieuse, invisible et donc sournoise qui menace faune et flore. Et au bout de la chaîne alimentaire, les bipèdes qui viennent dès les premiers beaux jours se ressourcer le long des golfes plus ou moins clairs de la Grande Bleue.

Source et capture d’écran : ledauphine.com, le 17/06/2016

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