Québec. Leur profession : observer les baleines

RIVIÈRE-DU-LOUP | Des travailleurs sont payés pour regarder les animaux marins dans le fleuve Saint-Laurent afin de s’assurer qu’ils n’approchent pas trop des chantiers maritimes.

 

Le métier d’observateur de mammifères marins vise à protéger les animaux. Lorsqu’ils s’approchent trop près de chantiers maritimes, l’observateur peut faire arrêter tout travail dans le fleuve.

Travail de diplomate

Alors que des milliers de touristes paient pour aller se reposer en allant voir les baleines, le métier d’observateur est loin d’être aussi relaxant. Ceux qui le pratiquent ont une grande responsabilité puisque chaque fois qu’ils obligent un chantier de construction à arrêter pour protéger un cétacé, ça peut coûter des milliers de dollars à l’entrepreneur. Mais ils doivent faire respecter les conditions émises par Pêches et Océans Canada lors des travaux.

«C’est un travail de diplomate, car on comprend que ça peut devenir frustrant pour l’entreprise de faire arrêter les travaux. Mais, ça se passe généralement dans la bonne entente», a dit Isabelle Legault, une observatrice de mammifères marins certifiée de la Gaspésie.

À titre d’exemple, elle raconte avoir dû faire cesser des travaux en raison de la présence d’une baleine dans une zone sensible. La condition imposée par Pêches et Océans Canada permettait de faire reprendre les activités si la baleine ne se pointait pas de nouveau pendant 30 minutes. Or, l’animal a refait surface dans la zone au bout de 29 minutes et l’arrêt a dû se prolonger.

L’observateur peut également prendre la décision de ne pas permettre de travaux de la journée, si la météo l’empêche de bien observer. Ce travail n’est pas qu’une simple partie de plaisir sous le soleil comme plusieurs se l’imaginent. «En novembre, sous la pluie et dans une position statique, ce peut être tout un défi», lance Isabelle Legault.

Toutes les quatre heures environ, les observateurs se relaient pour se reposer les yeux et se dégourdir les jambes. Ils utilisent des jumelles et un bâton de bois marqué de traits permettant de visualiser les distances à respecter.

Neutralité

Le Réseau d’observation des mammifères marins (ROMM) et l’École des pêches et de l’aquaculture du Québec en Gaspésie ont développé en 2012 une formation unique au Canada pour certifier les observateurs de mammifères marins.

Actuellement, rien n’empêche une entreprise d’engager son propre observateur pour surveiller son chantier, ce qui pose un problème d’indépendance. La directrice du ROMM, Esther Blier, milite pour que le gouvernement canadien impose aux entreprises un observateur formé et ne leur laisse plus la liberté de faire de l’autosurveillance, comme c’est le cas présentement.

 

La routine d’un observateur de mammifères marins

  • Il s’installe au quai, sur une montagne ou sur une plate-forme avec son équipement.
  • Il balaie le fleuve du regard constamment.
  • Il note tout ce qu’il voit : les détails sur l’espèce marine, son cycle de respiration, ses déplacements, sa position GPS, si elle s’alimente ou non, etc.
  • Il met fin aux travaux en contactant le contremaître s’il voit un animal à l’intérieur de la zone sensible.
  • Il fait reprendre les travaux s’il ne revoit pas l’animal marin durant une période de temps déterminée.
  • Il remplit un rapport étoffé qui sera ultimement remis à Pêches et Océans Canada.

 

Source : Le Journal de Montréal, 02.07.2016

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