Trois questions à propos des 90 dauphins échoués sur les côtes françaises

Une véritable hécatombe. Depuis jeudi 2 février, les cadavres d’au moins 90 dauphins ont été retrouvés sur les côtes de Charente-Maritime et de Vendée. Derrière ces morts mystérieuses, une réalité dénoncée par les scientifiques : les mammifères sont victimes des bateaux de pêche.

France info a interrogé Willy Dabin, ingénieur d’étude à l’observatoire Pelagis de La Rochelle, chargé d’étudier les populations de mammifères marins des côtes de France.

De quoi les dauphins sont-ils morts ?

Le scénario de la mort de ces animaux est désormais connu. « Les dauphins sont attrapés dans les filets de bateaux de pêche. » Pris au piège, ils ne peuvent pas remonter à la surface et manquent d’oxygène. « Ils agonisent de nombreuses heures en profondeur », déplore le chercheur. Les filets restent immergés une partie de la journée : « Lorsqu’ils sont remontés, les cétacés sont morts depuis longtemps. Les pêcheurs doivent alors les libérer des filets : un travail fastidieux qui nécessite parfois de découper les animaux. »

D’autres raisons qui pourraient expliquer ce nombre élevé de décès avaient été envisagées, rapporte Le Figaro, comme les conditions météorologiques ou les épidémies. Mais après analyse, Willy Dabin est formel : « Nous avons examiné près de 80 individus en six jours, tous présentaient des traces de filets de pêche. » L’observatoire a suivi un protocole européen très strict, qui permet de valider scientifiquement cette hypothèse.

Ces mammifères ne sont pas les seuls à être rejetés à la mer par les chalutiers ou autres embarcations. « D’autres espèces sont attrapées dans les filets, comme des tortues, des oiseaux plongeurs et même des requins, alors que ces derniers sont considérés comme des espèces protégées en France.« 

Pourquoi sont-ils si nombreux ces derniers jours ?

Si le nombre de cadavres rejetés sur le rivage est impressionnant, le phénomène n’est pas nouveau. « Chaque année en France, entre 800 et 1 300 mammifères sont retrouvés échoués sur les plages », explique Willy Dabin. La population totale de dauphins est difficile à établir, mais Le Parisien rapporte que le littoral français abrite 165 000 à 200 000 individus selon les spécialistes.

Deux facteurs expliqueraient la recrudescence de cadavres trouvés sur la plage ces jours. Kurt, Leiv et Marcel… Trois tempêtes ont touché de plein fouet le littoral français la première semaine de février. « Les animaux ont été ramenés sur le sable par les vents violents, c’est un phénomène scientifique. Lorsque les tempêtes ont frappé, certains dauphins étaient morts depuis trois à dix jours. » La saison de la pêche se déroule aussi à cette période de l’année : « La majorité des échouages ont lieu entre février et avril dans l’Atlantique à cause de cela. »

Un troisième paramètre entre aussi en ligne de compte, même s’il est mal connu : celui qui pousse les dauphins à se trouver dans les zones maritimes couvertes par les bateaux de pêche. « Nous devons encore étudier les trajectoires et les habitudes de ces cétacés pour comprendre les raisons précises de leur présence ici », explique Willy Dabin.

Que peut-on faire pour arrêter ça ?

Il existe tout un arsenal juridique censé protéger les dauphins. « Selon la législation française, toute capture doit être déclarée aux autorités« , explique Willy Dabin avant de souligner l’absurdité de cette mesure. « Mais, malheureusement, personne ne le fait. Imaginez si les routes n’étaient plus surveillées et que c’était à vous de déclarer vos excès de vitesse aux policiers. » 

Une directive européenne impose que des efforts soient faits pour améliorer la sélectivité des engins de pêche afin que les espèces non-visées soient relâchées. « Il est possible d’équiper les filets de répulsifs ou de dispositifs acoustiques », reprend Willy Dabin. Mais là non plus, il n’existe aucune obligation. « Pourtant, la prise des dauphins complique le travail des pêcheurs : cela leur demande des manœuvres et du travail supplémentaires. Si, personnellement, ils sont très à l’écoute, il faut continuer nos efforts au niveau national et travailler sur la recherche. »

Les citoyens, de leur côté, ne doivent pas hésiter à rapporter à l’observatoire Pelagis les cas de cétacés échoués.

Source : France TV Info – Publié le 11 Février 2017

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