Des scientifiques découvrent les techniques incroyablement complexes qu’utilisent les dauphins pour chasser et tuer les pieuvres…

The Conversation, 3 Avril 2017. Traduction Fanny & Léana pour Réseau-Cétacés.

Pour les prédateurs à l’état sauvage, capturer, tuer et manger leurs proies peut être risqué. C’est le cas dans la savane africaine par exemple où le coup de pied bien placé d’un zèbre peut être dangereux pour un lion affamé.

Il en va de même dans l’océan où certains types de proies sont loin d’être des fruits de mer sans défenses.

Les grandes pieuvres sont des proies particulièrement risquées pour les prédateurs. C’est notamment le cas pour les mammifères marins tels que les dauphins, qui n’ont pas de mains pour les aider à contrôler ces proies à huit pattes particulièrement collantes.

Nos nouvelles recherches mettent en lumière le développement de comportements complexes qui permettent aux dauphins de manger les pieuvres et donc d’augmenter leur capacité de survie et de reproduction.

C’est un autre exemple de stratégie qui garantit le succès des dauphins dans les environnements côtiers autour de l’Australie.

Les dangers de manger des pieuvres

En 2015 un grand dauphin mâle adulte a été retrouvé mort sur une plage de Bunbury au sud-ouest de l’Australie.

Les dauphins sauvages font face à de nombreuses menaces actuellement dans nos océans, cependant cela a été une surprise horrible lorsque nous avons trouvé des tentacules qui pendaient hors du rostre du dauphin échoué.

L’examen pratiqué par un vétérinaire spécialisé dans les pathologies a révélé que ce dauphin, qui était selon toute apparence en bonne santé et connu sous le nom de Gilligan par les équipes de recherches, est mort étouffé en tentant de manger une pieuvre.

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’est pas le premier cas connu de dauphin mort étouffé en voulant manger une pieuvre dans le sud-ouest de l’Australie. Il y a également eu plusieurs repérages, à travers le monde, de dauphins en difficulté lorsqu’ils s’attaquent aux pieuvres.

Alors qu’est ce qui rend les pieuvres si difficiles à gérer ?

Les pieuvres peuvent modifier leur largeur et devenir très grandes, certaines espèces ont des tentacules musclés pouvant atteindre plus d’un mètre de long. Chacun de leurs huit tentacules a de puissantes ventouses en dessous qui permettent habituellement d’aider la pieuvre à capturer sa proie tout en se déplaçant le long du plancher océanique.

Mais lors d’une attaque par un dauphin ces tentacules aident les pieuvres à se défendre en ayant un effet ventouse sur sa peau lisse. Quand cela arrive, on observe des cas de dauphins qui sautent rapidement hors de l’eau avant de s’écraser à nouveau à la surface dans l’espoir de déloger la pieuvre.

Le véritable problème est que même lorsque la pieuvre est mortellement blessée ses tentacules restent actifs. C’est pourquoi même lorsqu’une pieuvre est en train de se faire digérer, les ventouses présentes sur les tentacules peuvent encore s’accrocher à quelque chose.

Les dauphins australiens, mangeurs de pieuvres

Mais nous avons observé des grands dauphins sauvages qui ont trouvé une façon de gérer et de pouvoir se nourrir de pieuvres, d’après les publications du Marine Mammal Science.

Ces observations ont été faites entre mars 2007 et août 2013 lors de nos surveillances en bateaux pour étudier les dauphins au large de Bunbury.

Durant cette période nous avons observé 45 manipulations de pieuvre par les dauphins. La plupart ont été effectuées par des adultes (mâles ou femelles), mais nous avons aussi vu quatre jeunes et deux petits avoir le même comportement.

Pendant ces événements, les dauphins ont été observés en train de secouer et lancer les pieuvres à la surface de l’eau. Quelques fois, ils ont serré les proies entre leurs dents avant de les rabattre sur l’eau.

Cela a sans doute permis à la fois de tuer la pieuvre, mais aussi de la déchirer en petits morceaux plus faciles à digérer. D’autres fois, les pieuvres ont été lancées plus loin, puis rattrapées et secouées à nouveau.

En lançant les pieuvres, les dauphins évitent que celles-ci puissent s’accrocher à leur peau. Ce comportement permettrait également d’user les réflexes de pieuvre qui rendent les tentacules si dangereux à avaler.

Une fois que la proie a été assez battue et attendrie pour que les tentacules ne soient plus un danger, le dauphin peut l’avaler.

C’est donc tout un processus qu’ont développé les dauphins pour faire face aux pieuvres. Leur cou étant court et leurs vertèbres ayant fusionné ils doivent arquer leur corps entier pour lancer les pieuvres hors de l’eau.

Compte tenu du danger, pourquoi manger des pieuvres ?

Quand nous avons regardé de plus près, nous avons découvert que les dauphins ciblaient plus fréquemment les pieuvres en hiver et au printemps. Ces périodes de l’année qui sont plus fraîches, correspondent également aux moments de reproduction des pieuvres.

Les pieuvres sont sémelpares, c’est à dire qu’elles deviennent de plus en plus faibles et meurent au cours des semaines suivant la fin de leur période de reproduction. Il est possible que lorsqu’elles deviennent plus faibles, elles deviennent également plus faciles à attraper, ce qui fait d’elles un repas de choix pour dauphins opportunistes passant à proximité.

En fin de compte les pieuvres font juste partie du régime varié des grands dauphins.

Il a été constaté que les dauphins utilisent d’autres comportements nourriciers très spécialisés, tels que retirer l’os des seiches, s’échouer volontairement en chassant les poissons, et utiliser les éponges comme outil pour fouiller le sol en cherchant les poissons cachés dans les sédiments.

Lancer et secouer les pieuvres n’est donc qu’un exemple supplémentaire qui illustre à quel point ces prédateurs marins particulièrement charismatiques sont intelligents et adaptables.

Kate Sporgis est une adjointe de recherche à Murdoch University et David Hocking est un adjoint de recherche à Monash University.

Sources :

businessinsider.com.au

theconversation.com

Photo de Une : MUCRU Megan Franklin Reid

Nouvelle-Zélande : le dauphin Maui risque de disparaître...
Les lamantins des Caraïbes ne sont plus en danger d'extinction

Laisser un commentaire