Baleines et dauphins, un lien étroit avec le peuple ma’ohi

Papeete, le 7 août 2017 – Ça y est, elles sont enfin là ! Après avoir été aperçues au large de Rurutu, puis de Moorea, les baleines et leurs baleineaux commencent à rejoindre les environs des côtes et des passes de Tahiti. L’occasion d’en apprendre plus sur ces mammifères marins exceptionnels, aux liens étroits avec le peuple ma’ohi. Depuis 2002, le fenua est devenu un sanctuaire pour les baleines et les dauphins, symbole de l’harmonie qui perdure entre l’homme et les cétacés. Rencontres d’un autre type avec ces animaux captivants. 

Pourquoi est-on profondément impressionné par le souffle puissant d’une baleine ? Pourquoi est-on captivé en échangeant un coup d’œil avec un dauphin jouant à l’étrave de son bateau ? Observateur actif et passionné depuis plus de vingt-cinq ans, Alexandre Gannier est un scientifique chevronné dévoué aux mammifères marins.

C’est naturellement en Polynésie qu’il a jeté l’ancre pour y réaliser ses observations de terrain : mesures diverses et suivis des migrations des cétacés dans nos eaux. Outre la vingtaine d’espèces communes de cétacés (baleines à bosse, à bec…) et les 12 espèces de dauphins présentes dans nos eaux, on y croise également des cachalots, des orques ou encore des globicéphales ! Animaux mystérieux d’un autre type, ils sont pourtant facilement observables au large du récif de juillet à novembre.

Un havre de paix pour les cétacés

Nos lagons et océans polynésiens accueillent nombre d’espèces de ces mammifères marins intégralement aquatiques, ayant opté pour un « retour à la mer ». Leur corps « fusiforme » et leur « métabolisme optimisé » est en totale adéquation avec leur environnement et favorise leurs déplacements au cours des cycles migratoires annuels. Leurs performances de plongée sont également époustouflantes, rendues possibles par de successives adaptations physiologiques, variables selon les espèces, notamment au niveau du système sanguin et l’adaptation musculaire, pour former un ensemble de « réseaux admirables ».

Si les marsouins sondent à moins de 100 mètres pendant quelques minutes, les dauphins sondent entre 6 à 8 minutes à des profondeurs de plus de 400 mètres, tandis que le cachalot sonde facilement à plus de 1000 voire 2000 mètres pendant plus d’une heure. Leur vitesse de déplacement oscille de 6 à 10 km/h, leur corps étant recouvert de microscopiques rainures favorisant l’écoulement laminaire. Leur alimentation de base se limite à des petits crustacés, petits poissons ou calmars et plancton, disponibles en quantités généreuses dans nos eaux.

Cette « niche écologique » de premier ordre offre non seulement aux cétacés de larges possibilités de nutrition, un cadre favorable à la reproduction et à la nurserie des jeunes spécimens, une protection efficace contre les prédateurs naturels (requins mako, parata, tapete) grâce aux reliefs sous-marins de nos « îles oasis ».

Les baleines qui arrivent dans nos eaux en profitent pour se remettre de la gestation et accompagner leur progéniture dans les premiers mois de développement. Les premières qui arrivent sont les mères avec leurs baleineaux, suivis des jeunes spécimens immatures, puis les mâles accompagnant les femelles matures et enfin, les femelles pleines. La gestation dure en moyenne 10 à 12 mois pour les baleines et les dauphins, suivie de 8 à 12 mois d’allaitement. Cette phase de lactation est particulièrement coûteuse en énergie pour la mère, qui peut ainsi perdre jusqu’à 5 tonnes en moins de six mois dans le cas des baleines, tandis que le baleineau double en taille et quintuple son poids.

Des animaux au cœur de la culture ma’ohi

Baleines et dauphins font partie du patrimoine traditionnel et culturel des Polynésiens. Les relations tissées entre les ma’ohi et les cétacés communs de petite taille (‘ou’a, le dauphin) ou de plus large envergure (tohora, la baleine) ne se limitent pas à un rapport chasseur / proie. Les cétacés sont en effet intégrés à part entière dans les légendes, représentés et symbolisés par des objets rituels et artefacts divers.

Tous sont largement sacralisés et respectés pour leurs attributs mythologiques et spirituels, la puissance de l’animal émanant de l’objet est transmise à son porteur, ari’i et tahu’a. Jadis, les dauphins étaient notamment chassés pour leur chair et leurs dents dont on ornait les parures des chefs et de leurs proches.

La chasse des dauphins, plus fréquente que celle des petits cétacés, était frappée d’un lourd tapu restreignant la durée et la fréquence des campagnes. La technique de l’échouage grâce à la « chasse au caillou » était la seule possible en l’absence d’outils adéquats (harpons et autres outils métalliques inconnus à l’époque) : une fois identifiés à proximité du récif ou idéalement situés dans une passe, les cétacés étaient entourés par des pirogues dont les passagers faisaient claquer des cailloux sous la surface de l’eau pour effrayer et rabattre les mammifères vers le rivage, où ils finissaient inexorablement par s’échouer.

Une pratique fréquente aux Marquises et dans le lagon de Rurutu jusqu’au milieu du siècle dernier. Désormais, dans le droit fil de la tradition des ma’ohi d’antan, les Polynésiens d’aujourd’hui entretiennent une relation tranquille et équilibrée avec les cétacés qu’ils côtoient depuis toujours. D’où la nécessité de sauvegarder cet héritage naturel en instituant la protection intégrale des dauphins et des baleines au sein de l’océan polynésien et en leur assurant un cadre d’observation le moins intrusif possible.

Un scientifique passionné au service des cétacés

Président du Groupe de Recherche sur les Cétacés (GREC), Alexandre Gannier traverse les océans depuis plus de 25 ans dans le sillage des baleines, dauphins et cachalots. Après une expérience polynésienne au début des années 1990, puis d’innombrables aventures au service de l’observation de terrain — collecte de données, analyse des écoutes sous-marines sonores, ce scientifique férocement investi — en faveur des cétacés les suit à bord de son voilier. Une expérience familiale, dans laquelle sa femme Odile et ses enfants sont tout autant impliqués.

Si les premières données collectées sont réunies dès 1985, le GREC, association à but non lucratif, est fondée en 1991 par des membres actifs, une vingtaine aujourd’hui, tous bénévoles. L’organisme favorise la protection, contribue à la documentation scientifique des sanctuaires pour les cétacés et produit chaque année de nouveaux résultats de recherche. Leurs principales zones de prospection sont situées en Méditerranée, aux Açores, en Polynésie et par delà le globe au gré des partenariats et opportunités cétologiques. Le GREC est membre de France Nature Environnement ; partenaire des accords ACCOBAMS et du sanctuaire scientifique PELAGOS.

Pour en savoir plus sur le Groupe de Recherche sur les Cétacés, visitez le site de l’organisme.

Rappel des règles d’observation des cétacés 

– Ne pas s’approcher à moins de 100 mètres des individus et des groupes observés 
– Ne pas dépasser 15 minutes d’observation à proximité des cétacés 
– Ne pas réaliser une approche frontale ni par l’arrière ; respecter une vitesse constante (3 nœuds) dans le sillage des animaux et éviter les changements de cap 
– Rester positionné en parallèle des individus ou du groupe observé ; ne pas les bloquer contre le récif ni les encercler 
– Ne pas prolonger les contacts avec un groupe comportant un nouveau-né 

Quelques règles d’observation complémentaires le site du GREC. 

 

Source : tahiti-infos.com, le 07/08/2017
Photo : By Cynthia Yock (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
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