Les mammifères toujours plus menacés en France

La liste rouge des espèces menacées en France métropolitaine montre une aggravation de la situation, par rapport à la précédente effectuée en 2009. Pourtant quelques succès tracent la voie à suivre.

En matière de protection des animaux, il faut se réjouir des bonnes nouvelles car elles sont plutôt rares. Ainsi, la mise à jour par l’UICN (Union Internationale de la Conservation de la Nature) de la liste des espèces de mammifères menacées en France montre que lorsqu’un pays s’en donne la peine, il peut permettre à des animaux de recoloniser des territoires d’où ils avaient quasiment disparus.

Il en va ainsi de la loutre d’Europe et du bouquetin des Alpes. « Ce sont deux bons exemples de réels progrès obtenus grâce à une action efficace des pouvoirs publics et des associations de protection de la nature » explique le comité français de l’UICN, appuyé par le Muséum national d’Histoire naturelle. Le bouquetin ibérique qui est assez proche de son voisin des Alpes pourrait être le prochain à bénéficier de ce retour en nombre en France . Depuis juillet 2014, date de sa réintroduction dans les montagnes du sud de la France, il y a eu de nombreuses naissances.

Malheureusement, ces quelques bonnes nouvelles ne peuvent cacher toutes les mauvaises. Le vison d’Europe devient ainsi l’un des mammifères les plus menacés « avec une population estimée sous la barre des 250 animaux » notent les organismes. Déjà classé parmi les espèces « en danger », il a glissé dans la catégorie des espèces « en danger critique ».

Les grands carnivores que sont les ours, les loups et les lynx ne réussissent pas à s’extraire du groupe des « espèces menacées » malgré une augmentation des populations des deux premières espèces ces dernières années précisent encore les deux organismes. Pas plus que les chauves-souris, les putois d’Europe, les lapins de garenne ou encore les mammifères marins.

Les causes de cette aggravation sont quant à elles multiples. La destruction des habitats (bocage, haies, zones humides, arbres, prairies…) sont l’une des raisons mises en avant par l’UICN. Mais le braconnage est également pointé du doigt pour les gros mammifères (ours, loup…) « du fait des conflits d’usage que leur présence suscite ». L’usage des pesticides est également dénoncé quant il s’agit des espèces qui se nourrissent d’insectes. C’est le cas de certaines musaraignes ou de chauves-souris telles que la pipistrelle commune. Mais ces petits animaux mal aimés bien que très utiles sont également affectés par les pratiques agricoles, l’exploitation des forêts mais également la rénovation des vieux bâtiments. On sait également que les éoliennes peuvent représenter un danger pour les espèces migratrices. « Le molosse de Cestoni est passé de « Préoccupation mineure » à « Quasi menacée » et la noctiule commune de « Quasi menacée » à « Vulnérable », précisent encore l’UICN et le Muséum.

Du côté des mammifères marins, la pollution sonore s’ajoute à la pollution chimique et aux captures accidentelles, la surpêche réduisant en outre les ressources alimentaires. Le cachalot est ainsi entré dans la catégorie « vulnérable ». Sachant qu’il manque encore beaucoup de données, plus d’un tiers des espèces de cétacés « se trouve toujours dans la catégorie données insuffisantes ».

Globalement, huit ans après le premier état des lieux, on observe une aggravation de la situation des mammifères dans l’hexagone. Une espèce sur trois est menacée ou quasi menacée de disparition soit 33% des espèces terrestres et 32% des espèces marines contre respectivement 23% et 25% en 2009. Dit autrement, sur l’ensemble des 125 espèces présentes en métropole, 17 sont menacées et 24 quasi menacées.

Pour inverser cette tendance, les organismes estiment indispensable « d’enrayer la dégradation des milieux naturels, de restaurer les zones humides et les bocages, d’agir pour le maintien d’un agriculture extensive et de développer les plans de protection pour les espèces les plus en danger ». Sans oublier le défi que représente la lutte contre le changement climatique.

« Je reste optimiste. Certaines histoires montrent que l’on peut sauver des espèces », rappelait dans nos colonnes Craig Hilton-Taylor, le responsable de la liste rouge au sein de l’UICN. « Quand on met ensemble les bonnes personnes, que l’on fait les bonnes campagnes, on peut renverser une situation. Nous avons les connaissances et les outils. Pour moi c’est le rôle de la liste rouge de l’UICN de catalyser ces efforts », expliquait-il.

Source : Le Figaro – Publié le 15 Novembre 2017

 

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