Russie : les scientifiques étudient l’hibernation des bélugas sous les glaces…

Les scientifiques s’emploient à recueillir de plus en plus d’informations sur les bélugas, et notamment leurs lieux d’hibernation dans les mers nordiques.

Les bélugas, qui sont des baleines blanches, passent très bien l’hiver sous les glaces des mers nordiques. C’est dans le but d’éclaircir ces comportements et d’en tirer des enseignements qu’a été menée une nouvelle expédition complexe dans la région de la mer Blanche. Elle était organisée par l’Institut des problèmes de l’écologie et de l’évolution (IPEE) Severtsov de l’Académie des sciences russe. Cette expédition constituait le prolongement des recherches entreprises l’an dernier concernant la répartition, le nombre et la migration saisonnière des baleines blanches dans les mers russes.

Les bélugas, explique Dimitri Glazov, directeur adjoint du Programme « Bélugas-Baleines blanches », vivent dans les eaux froides de l’hémisphère Nord : mer Blanche, mer de Barents, mer de Kara, mer de Sibérie orientale, mer de la Tchoukotka, mer de Béring et mer des Laptev. Une population isolée vit en mer d’Okhotsk. Ils ne font pas partie des espèces rares, mais leur niveau de bien-être sert d’indicateur de la situation écologique dans les écosystèmes marins arctiques, car leur chaîne alimentaire se trouve au sommet de la pyramide trophique.

Les bélugas se nourrissent de saumon, de hareng, de cabillaud et autres variétés de poissons qui se nourrissent, à leur tour, de phyto- et zooplancton. Par conséquent, en étudiant des échantillons de sang, de graisse et de peau des bélugas, il est possible de dire quelles substances nocives s’accumulent dans le phyto- et le zooplancton. Ces études sont devenues indispensables dans le contexte des changements climatiques et de la conquête de l’Arctique qui prend de plus en plus d’ampleur.

Au cours de la dernière expédition organisée dans le cadre du programme « Bélugas-Baleines blanches », les zoologues ont procédé à un comptage des bélugas de la mer Blanche. Ils ont utilisé, pour ce faire, un avion de ligne traditionnel, un L-410, transformé par les scientifiques en avion-laboratoire, avec une grande réserve de temps de vol. A son bord avait été installé un équipement spécial pour réaliser des photos et des vidéos aériennes, un radiomètre infra-rouge, un détecteur laser optique et un système automatique de bord pour la collecte des informations.

Ces études ont montré que les bélugas ne quittent pas la mer Blanche l’hiver : ils demeurent dans des plans d’eau recouverts à 80 ou 90% de glace. Les biologistes de l’IPEE avaient pour la première fois constaté ce comportement en mars 2008, à l’occasion d’un comptage des phoques du Groenland. Aujourd’hui, lors de cette expédition spéciale, ont été mis en évidence les lieux de concentration des baleines blanches durant la période de couverture glaciaire maximale de la mer Blanche. Il s’agit des eaux du golfe de Kandalakcha et de la baie d’Onega, dans la région des îles Solovetski.

« Les études saisonnières sont nécessaires pour comprendre l’écologie d’une espèce, poursuit Dimitri Glazov. Il est important de savoir quels sont les groupes d’individus de baleines blanches qui restent dans les plans d’eau de la mer Blanche et des autres mers septentrionales, tant pendant la période de reproduction que pendant celle des migrations hivernales ; et également sur quelles distances se font ces migrations, comment elles sont liées à la température de l’eau, à la situation glaciaire, à la présence de telle ou telle espèce de poisson. La large zone d’habitation du béluga témoigne de sa bonne adaptation aux températures basses, au déplacement sous la glace, à la vie dans des eaux peu profondes et à des profondeurs jusqu’à 400 mètres.

« Par ailleurs, ces mammifères marins trouvent facilement des failles et des éclaircies entre les glaces pour venir respirer. Ils profitent également, pour ce faire, de bulles qui se créent dans la glace. Ces crevasses et bulles se forment régulièrement dans la mer Blanche, même en présence d’une couverture glaciaire des plus importantes (de l’ordre de 80 à 90%), car les courants des marées y sont très marqués et l’on rencontre des variations considérables du niveau de la mer dans certaines régions. »

La baleine blanche n’est pas une espèce dont la pêche est interdite [en Russie]. On en prélève quelques 1.500 individus par an. La pêche des bélugas doit reposer sur des données scientifiques afin que leur population n’en souffre pas. Au début de l’expédition, les scientifiques ont visuellement observé 237 individus. Des chiffres plus précis sur la population de ces mammifères marins ne pourront être fournis qu’après un traitement mathématique complet. Ces données seront présentées lors de la VIème Conférence internationale « Mammifères marins de l’Holarctique », qui aura lieu en octobre prochain.

(C) Ansgar Walk - DP-.jpg

Source : rian.ru (29.04.10)

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