Ric O’Barry’s Dolphin Project : Taiji 4 par Sébastien Blanc

J’écris cet article le 19 octobre, jour où une trentaine de dauphins furent tués pour leur viande.

« Je suis retourné à Taiji le deuxième week-end d’octobre. Ce fut un week-end « BLUE COVE » ce qui veut dire qu’aucun dauphin ne fut attrapé. J’ai donc découvert plus en détail le port de Taiji et la dolphin base qui sont vraiment des endroits morbides avec des caméras et des interdictions partout.

Samedi 8 octobre

J’arrivai en fin de matinée, plus tôt que prévu. Je décidai d’aller directement vers la crique car je ne connaissais pas la situation. La crique était vide, je continuai alors jusqu’au port où je longeai d’abord les bâtiments de l’association des pêcheurs avec sa ligne jaune à ne pas franchir sous peine de se faire insulter, voire pire arrêter. Après le port, je m’arrêtai sur le parking où se trouvèrent des voitures de police. L’une d’elles se mit à me suivre. Après avoir tourné et viré je décidai de rentrer vers l’hôtel puisque je n’avais rencontré aucun activiste.
Á l’hôtel non plus, personne avant 15 heures pour avoir mes clés et je ne pouvais pas contacter Daniela. Je décidai alors de faire un peu de tourisme en me rendant à Kumano pour visiter le temple Kumano Nachi Taisha et sa fameuse chute d’eau.
L’accès fut très facile mais se garer fut plus compliqué. Des mamies sortaient de leurs boutiques pour garer les voitures et demandèrent 400-500 yens, je n’ai pas apprécié cette façon de faire.
Le site se situe au fond de la vallée, il y avait beaucoup de monde mais cela resta très calme. J’accédai au temple par une montée d’escaliers assez raide. Les temples sont superbes. Le temps de prendre plusieurs photos de la cascade avec la pagode, que l’heure fut venue de rentrer.

Revenu pour 15 heures à l’hôtel, je pus récupérer mes clés et m’assoupir avant de revoir Daniela et sa mère qui s’étaient reposées l’après-midi. Entre-temps, il me semble que l’hôtel prévint la police de ma présence mais je n’en suis pas sûr car je n’entendis qu’une petite partie de la conversation

Dimanche 9 octobre

Départ de l’hôtel à 5h du matin. Á l’entrée de la ville de Taiji, une voiture de police nous prit en filature. Á Taiji nous sommes toujours suivis par des policiers.
La route longe d’abord les bateaux de pêche puis les bâtiments de l’association des pêcheurs avant d’arriver sur le parking. Sur place, l’équipe de Sea Shepherd et des activistes indépendants étaient là ainsi que « leurs » escortes.
Les policiers me demandèrent (encore) mes papiers d’identité et « m’invitèrent » à passer dans la journée au poste pour des questions. Je leur donnai mes papiers en leur disant qu’ils n’avaient pas changés et que je n’irais pas au poste. On pouvait le faire sur place. Je reçus alors un questionnaire où j’écrivis juste mon nom en leur disant qu’ils n’avaient qu’à vérifier l’exemplaire du mois de Septembre. Je fus peut-être un peu sec mais j’étais dans mon droit, ça ressembla davantage à de l’acharnement plus qu’autre chose. Il ne faut jamais oublier que même s’ils sont gentils, souriants, ils attendent le moindre petit, mais tout petit faux pas.
Ce matin-là, les pêcheurs restèrent au port en raison du mauvais temps mais surtout du festival qui s’y déroulait. On décida de rentrer à l’hôtel.
Je retournai à la crique en début d’après-midi pour faire une petite vidéo. La bâche qui permet de dissimuler les tueries était repliée et je pus voir la plage, plutôt je devrais dire l’abattoir car elle est entièrement « aménagée ». Á mon arrivée j’étais seul mais très certainement qu’un habitant remarqua la voiture et appela la police qui arriva au moment où je partais. Les pauvres, transpirant et essoufflés, ils furent dégoûtés d’être montés au moment où je redescendis. Je restai tout de même avec eux (sait-on jamais). On redescendit ensemble en discutant de choses et d’autres.

Ils me suivirent jusqu’au port où je fis mes photos et mes vidéos. Une partie du port est délimitée par une ligne jaune que l’on ne peut pas franchir sous peine de se faire insulter voire même arrêter si l’on répond (eh oui la liberté d’opinion au Japon est sélective).

Cette ligne empêche les activistes d’approcher de très près les bateaux ainsi que les bâtiments de l’association des pêcheurs. Même si cette ligne jaune maintient à distance, nous sommes suffisamment proches pour voir et/ou entendre tout ce qu’il se passe.
Je restai sur le parking qui se trouvait au milieu du port avant d’aller sur la jetée qui offrait une vue plongeante sur les enclos.
Du parking, on voit l’arrière des bâtiments de l’association des pêcheurs qui se composent de deux grands bâtiments : l’un doit servir de bureaux et l’autre d’abattoir où sont dépecés les dauphins. Une bâche bleue repliée sert à dissimuler les cadavres, et des casiers, servant sans doute à transporter la viande, étaient posés sur le parking.

C’est là que les dauphins sont dépecés. La bâche bleue permet encore et toujours de cacher cette tradition.

Je fus surpris de voir qu’il y avait au milieu du port de nombreux enclos à la vue de tous. C’est pourquoi je ne suis pas d’accord lorsque j’entends dire que les gens se savent pas. Mis à part les tueries, tout est devant soi pour peu qu’on veuille voir. Il y avait aussi un petit baleinier à quai, qui prend la mer le reste de l’année pour traquer les baleines (de Minke, je pense) qui passent près des côtes.
Au moment où j’allais partir, des dresseuses arrivèrent et je repartis en courant vers la jetée.
Entre temps, la police me laissa seul sur le port, chose peu commune.

Les dresseuses se placèrent de chaque côté de l’enclos. Les dauphins habitués à chasser et manger du poisson frais refusèrent les poissons fourrés au médicament qui leur furent jetés. Elles essayèrent de « jouer » en proposant aux dauphins des cerceaux et autres accessoires mais je pense que les dauphins refusèrent de « jouer » .

Pour être dressés, les dauphins sont affamés, et la condition pour recevoir de la nourriture est de réussir l’exercice imposé. Ce n’est pas une récompense ! Sur la vidéo, il me semble qu’elles ne donnèrent que des morceaux de poissons. De plus je n’ai pas vu la moindre relation affective entre elles et les dauphins. Elles m’ont paru condescendantes et repartirent au coucher du soleil.

 Lundi 10 octobre
Départ de l’hôtel. Même rituel à l’entrée de la ville de Taiji à partir du combini, des voitures banalisées nous suivent. Nous arrivâmes au port où se trouvait déjà l’équipe de Sea Shepherd. Le temps était au beau fixe, le parking des pêcheurs rempli. Ils allaient sortir.


En file indienne, les bateaux filèrent vers la sortie du port sous le crépitement de nos appareils photos, ce fut une flotte de 12 bateaux affamés par 2 jours à quai.

Une fois la flotte sortie, Daniela me proposa d’aller voir tous les « endroits-clés » de Taiji. Elle m’emmena d’abord voir la dolphin base et le Dolphin Resort. C’est un complexe hôtelier qui se trouve juste avant le musée de la baleine.

D’un côté de la route, il y avait des vestiaires où séchaient les combinaisons et de l’autre, l’hôtel. Cet hôtel comprend un bassin dans lequel les clients peuvent voir un show. Le bassin est ridiculement petit, surélevé et entouré d’une palissade. Les panneaux « interdit de » sont très nombreux et au moins deux cameras à 360 surveillent l’arrière du complexe.
L’hôtel dispose également de nombreux enclos en mer tous remplis de 3 à 4 dauphins dont l’un contenait un bébé et sa mère. L’enclos du milieu était le plus grand de tous. Á l’intérieur des dauphins dressés, servent à la « nage avec dauphins » pour touristes peu scrupuleux. Les autres enclos sont vraiment très petits, à vu de nez je dirais 3 à 4 fois la longueur d’un dauphin, pour un animal qui nage environ 65 km par jour, on imagine l’étroitesse, et la profondeur du bassin ne doit pas excéder une petite dizaine de mètres. Les dauphins n’ont d’autres occupations que de faire des ronds dans leur bassin en hyperventilant. De temps en autre, des dauphins claquaient leurs queues à la surface. Daniela m’apprit que ce comportement traduisait une forme de colère chez le dauphin.

Ensuite, nous prîmes une petite route qui surplomba le port de Taiji. Je rencontrai Jérôme, un activiste français venu avec Sea Shepherd, avec qui je discutai longuement.

Nous allâmes ensuite à la pointe Tomyo-zaki où je rencontrai l’ensemble de l’équipe des Cove Guardians.

C’est une pointe avec une vue exceptionnelle qui servait dans le temps aux guetteurs à repérer les baleines. Aujourd’hui elle sert aux activistes à repérer les bateaux qui reviennent. Les bateaux vont au-delà de l’horizon, nous ne pouvons pas les voir traquer les dauphins, alors chacun passe le temps comme il peut : lecture, promenade. La pointe devient vite étroite lorsque tous les activistes sont présents, il faut faire attention à ne pas s’embrocher les pieds dans un trépied. Pour éviter de se marcher dessus, les membres se séparent afin d’être au courant de l’activité dans le port et au dolphin resort !

Puis vint l’heure de rentrer sur Oita. Ces quelques jours passés à Taiji m’ont permis de rencontrer des gens animés par une passion commune : la vie. J’ai pu voir grâce à eux (Daniela et sa mère, Yoshi) la vérité sur Taiji. Je les en remercie et j’espère pouvoir rester plus longtemps la prochaine fois. Je suis rentré de plein pied dans l’activisme écologique et je dois dire que c’est une expérience humaine très riche car elle nous met face à nos responsabilités envers les générations futures, car il ne s’agit pas d’une simple question d’aimer ou pas les dauphins. Nous avons le pouvoir de faire évoluer les choses, d’être acteurs alors agissons ! La moindre petite action a un impact et procure une telle fierté et une telle joie une fois que cette peur d’agir, d’être jugée est brisée.

Source : kemurioita.blogspot.fr, le 02/11/2016

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