Conséquences de la marée noire Deepwater Horizon sur les baleines et dauphins…

L’explosion d’une plate-forme pétrolière dans le Golfe du Mexique le 20 avril 2010, a entraîné la pire marée noire de l’histoire des Etats-Unis et avec elle une catastrophe écologique pour les baleines et les dauphins dont la mortalité aurait été largement sous-estimée. Oil spill Louisiana 2010 (C)NWFblogs_FLickr2607.jpgJeudi 22 avril 2010, la plate-forme d’exploration « Deepwater Horizon », exploitée par la compagnie British Petroleum (BP), sombrait au large de la Louisiane : entre 2 et 3 millions de litres de pétrole brut s’échappaient quotidiennement du puits d’extraction… Une catastrophe écologique pour de nombreux animaux dont l’ampleur a sans doute été largement sous estimée notamment pour les baleines et les dauphins selon une étude publiée dans Conservation Letters.

Les carcasses échouées ne représentent qu’une infime fraction des populations touchées

Le véritable impact du désastre sur les populations d’animaux marins pourrait avoir été grossièrement sous-estimé. L’étude explique que les chiffres sur la mortalité des animaux basés sur le nombre de carcasses échouées ne reflètent pas l’ampleur du désastre, qui pourrait être 50 fois plus grave que ce que l’on croyait.

« La marée noire du Deepwater, la plus importante de l’histoire américaine, n’a enregistré qu’un faible impact sur la vie sauvage, conduisant certains à penser que l’impact environnemental du désastre était en fait plutôt modeste, » rapporte le Dr Rob Williams de l’Université de British Columbia. « Ceci découle du fait que les rapports suggéraient que le nombre de carcasses échouées (101 au total), correspondait au nombre d’animaux tués par la marée noire. »

Cette nouvelle recherche s’est concentrée sur 14 espèces de cétacées, une famille de mammifères à laquelle appartiennent baleines et dauphins. A la théorie que le nombre de carcasses échouées équivaut au nombre d’animaux tués, l’équipe répond que les conditions en mer et le fait que beaucoup d’animaux sont probablement morts très loin des côtes impliquent que le nombre de carcasses qui ont été trouvées ne représente qu’une faible proportion des animaux victimes.

A l’appui de cette explication, l’équipe a multiplié les récentes estimations concernant l’abondance des espèces par leur taux de mortalité respectif. Un taux de récupération annuel des carcasses en a été déduit en divisant la moyenne du nombre de carcasses échouées enregistré chaque année par la mortalité annuelle estimée.

L’analyse de l’équipe montre que seulement 2% des carcasses de cétacés ont été retrouvées après leur mort dans la zone, ce qui signifie que les victimes réelles de la marée noire de la plateforme Deepwater Horizon pourraient être 50 fois plus nombreuses que les estimations actuelles. « Ce chiffre montre que le nombre de carcasses échouées est extrêmement trompeur si on l’assimile au nombre de décès causés, » souligne le Dr Scott Kraus, du New England Aquarium et co-auteur de l’étude : « aucune campagne de collecte de carcasses échouées n’a jamais récupéré 100% des cadavres de cétacés de quelque espèce que ce soit. Le meilleur taux de récupération jamais enregistré est de 6,2%, ce qui correspond à 16 décès par carcasse récupérée. »

La raison de l’énorme écart entre les différentes estimations peut résulter simplement des spécificités d’une action dans le milieu marin. Le désastre de la plateforme Deepwater a eu lieu à 65 km des côtes et à 1 500 mètres de profondeur, ce qui explique en partie pourquoi les estimations de débit de pétrole ont été si difficiles à faire.

« Les difficultés rencontrées pour endiguer la marée noire s’appliquent aussi aux efforts d’évaluation des dommages écologiques associés ; la même humilité s’impose quand il s’agit d’évaluer la mortalité marine » souligne-t-il.

Si la méthode employée pour cette étude était adoptée pour l’évaluation des dommages du désastre, l’équipe pense que ce serait une opportunité de se servir de cette catastrophe pour développer de nouveaux outils de conservation ayant vocation à être utilisés plus largement pour montrer l’impact environnemental d’autres activités humaines sur le milieu marin.

« La conclusion de l’étude (les carcasses échouées ne représentent qu’une faible proportion de la mortalité causée par la catastrophe) est également très importante pour évaluer l’ampleur des autres causes de mortalité imputables aux autres activités humaines comme les collisions avec des bateaux, dont l’impact réel pourrait être aussi très sous-évalué sur la base des chiffres rapportés » précise le Dr John Calambokidis du Cascadia Research, autre co-auteur de l’étude.

« Nous craignons notamment les conséquences de certaines interactions avec le matériel de pêche, du fait du caractère insuffisamment systématique des données qui permettraient une évaluation précise des dommages collatéraux, notamment pour les grandes baleines », ajoute le Dr Jooke Robbins, lui aussi co-auteur et basé au Provincetown Center for Coastal Studies. « Lorsqu’on ne dispose que d’observations de type « opportuniste », on sait qu’elles ne mettent en lumière qu’une infime partie des problèmes. »

« Si l’objectif de notre étude n’était pas d’estimer le nombre réel de morts d’animaux marins liés à cette marée noire, elle a permis de montrer que les chiffres généralement acceptés correspondent à une sérieuse sous-estimation, » conclut le Dr. Williams. « Nous souhaitons vivement l’introduction de nouvelles méthodes permettant d’établir des facteurs de multiplication appropriés afin d’évaluer le véritable coût de cette tragédie. »

Référence

Williams. R, Gero. S, Bejder. L., Calambokidis. J, Kraus. S, Lusseau. D, Read. A, Robbins. J., « Underestimating the Damage: Interpreting Cetacean Carcass Recoveries in the Context of the Deepwater Horizon/BP Incident », Conservation Letters, Wiley-Blackwell, March 2011, DOI: 10.1111/j.1755-263X.2011.00168.x

Source : lci.tf1.fr  (18.07.11)

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