La marée noire de Chevron, sonnette d’alarme pour l’exploitation offshore au Brésil…

La fuite de brut sur une installation du géant américain Chevron dans l’Atlantique, au large de Rio, constitue une « alerte rouge » pour le Brésil qui s’apprête à exploiter ses gigantesques gisements en eaux très profondes, une opération délicate et inédite, estiment les analystes.  Platrforme petroliere (C) jkirkhart35-FLickr 0712.jpg« Cela nous sert d’alerte rouge. Aujourd’hui, un seul puits est concerné, le pré-sal (forage en eaux très profondes sous une épaisse couche de sel, ndlr) en aura mille. Nous devons en tirer les leçons », a déclaré le secrétaire de l’Environnement de Rio, Carlos Minc, devant la presse étrangère mercredi.

« La loi permet que des entreprises étrangères prospectent et exploitent du pétrole. Mais nous ne sommes pas une République bananière (…) Nous sommes la 7è économie du monde et nous voulons des technologies de plus en plus préventives. Chevron n’a pas opéré dans les conditions de confiance qui lui avaient été données », a souligné M. Minc.

Les autorités brésiliennes veulent que l’accident de Chevron serve d’exemple et ont infligé de lourdes amendes au pétrolier américain.

Le Brésil a suspendu mercredi toutes les activités de forage de Chevron dans le pays et a également rejeté sa demande pour exploiter les gisements « pré-sal ».

« L’accident de Chevron montre qu’extraire du pétrole en mer n’est pas chose facile », a déclaré à l’AFP Adriano Pires, directeur du Centre brésilien d’infrastructure.

Actuellement, selon lui, 80% du pétrole mondial est produit sur terre mais l’extraction en mer ne cesse de progresser.

« Le Brésil est le pays où la production maritime est la plus élevée (95% du total) et cela va encore augmenter avec le pré-sal », a dit M. Pires pour qui « ni le Brésil, ni le reste du monde ne sont préparés à répondre rapidement à un accident pétrolier en mer. Et, avec le pré-sal, les difficultés seront encore plus grandes en raison de la profondeur » (entre 5 à 7.000 mètres) des gisements.

L’expert a rappelé l’accident survenu l’année dernière dans les installations de British Petroleum (BP) dans le golfe du Mexique qui a provoqué la plus grande marée noire jamais enregistrée aux Etats-Unis.

Les entreprises comme le géant brésilien Petrobras -leader mondial pour l’exploration en eaux très profondes- ont développé des « méthodes sophistiquées » pour l’extraction, mais les moyens prévus pour faire face à une marée noire et protéger l’environnement « laissent à désirer », selon lui.

« C’est long pour colmater une fuite ou recueillir le pétrole. Les entreprises et les gouvernements vont devoir échanger des informations sur la façon d’agir », a estimé M. Pires.

« Transformer du pétrole en richesse n’est pas facile et coûte cher » a-t-il renchéri, en rappelant que « les actions de Chevron ont chuté de 12% au cours des derniers jours et celles de BP de 20%, en 2010 ».

Alessandra Magrini, professeur de planification énergétique à l’université fédérale de Rio (UFRJ-Coppe) a déclaré à l’AFP que la loi de 2000 sur le pétrole était « trop générique » et qu’il fallait « mieux préparer les organismes de contrôle » – l’Agence nationale du pétrole, le ministère de l’Environnement et la Marine – pour agir rapidement en cas d’accident.

Petrobras dispose d’un système de pointe pour faire face aux accidents en mer, un robot d’opération sous-marine téléguidé (ROV), mais les organismes de contrôle doivent disposer d’informations en temps réel et se coordonner de façon plus efficace, a souligné Mme Mangrini.

« Le plan d’urgence au niveau national est resté dans un tiroir. On a fixé des critères pour les amendes mais il n’y en a aucun pour évaluer les dommages causés. Le Brésil a encore des devoirs à faire dans la perspective du pré-sal », a-t-elle ajouté.

Source :  sciencesetavenir.fr   (25.11.11)  Actualité récente en rapport : 

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