Polluants organiques : la mer boit la tasse…

Le marsouin, sentinelle de l’océan

Il y a quelques années, Krishna Das, Chercheur Qualifié au F.R.S.- FNRS dans le Laboratoire d’Océanologie, s’est penchée sur la santé des marsouins, le cétacé le plus répandu en mer du Nord (environ 300.000 individus). « Le marsouin est aussi au bout de la chaîne alimentaire, explique Krishna Das. C’est une espèce sentinelle. Il constitue un bon indicateur de l’état de propreté de nos océans. » Krishna Das, lors de son séjour post-doctoral au FTZ (Forschung-und Technologie Zentrum) chez le Dr U. Siebert,  a étudié au microscope des thyroïdes prélevées chez des marsouins provenant de l’Atlantique, la mer du Nord et la mer Baltique. « Nous avons montré que les taux de PCB dans la thyroïde varie selon l’origine des marsouins. Ceux de la mer Baltique, qui est plus polluée que la Mer du Nord, sont plus contaminés. Notre étude a également montré que les thyroïdes des marsouins issus de la mer Baltique étaient en moins bon état que les autres. » (1 & 2) Les taux de PCB mesurés sur les marsouins des zones arctiques, beaucoup plus au nord et surtout plus éloignés des sources de pollution, sont dix fois moins élevés que ceux mesurés en mer du Nord.
  Dead porpoise harbour (C)Webshots_com 0612.jpgLa recherche sur ces grands cétacés, toutefois, n’est pas commode. C’est une espèce protégée ; il faut souvent se contenter d’individus morts, échoués sur une plage, ou accidentellement pris dans les mailles d’un filet de pêche. D’où l’idée de travailler sur un autre animal marin, plus accessible, à savoir le bar. L’intérêt de ce poisson, c’est notamment qu’il passe les deux ou trois premières années de sa vie dans l’estuaire des fleuves avant de retourner à la mer. « Et l’estuaire, explique Joseph Schnitzler, certes c’est une nursery : il y a  moins de prédateurs, la nourriture est abondante, etc. Mais c’est une nursery très polluée ! »

Pour accumuler des échantillons de thyroïde de bar, Joseph Schnitzler a participé à plusieurs campagnes scientifiques organisées notamment par l’IFREMER (l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) CEMAGREF (Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement, France), et INBO (Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek, Belgium). Il s’agit de campagnes de recensement de la faune marine destinées à fixer les quotas de pêche. « Une fois le filet remonté, explique Joseph Schnitzler, le contenu de la pêche est largué sur un tapis roulant circulaire, autour duquel sont positionnés une dizaine de chercheurs. Les poissons défilent devant nous et on les trie en fonction de la taille et de l’espèce. C’est un peu harassant comme boulot. Mais après journée, je pouvais m’occuper de mon projet personnel de recherche : prélever les bars et, dans le labo du bateau, extraire les thyroïdes et du muscle et les placer soit dans du formol soit au congélateur pour pouvoir les étudier une fois rentré à Liège. »

(1) Das  K., Vossen A., Tolley K. Vikingsson G., Thron K. Müller G., Baumgärtner W., Siebert U. , Interfollicular fibrosis in the thyroid of the harbour porpoise: An endocrine disruption?  Archives of Environmental Contamination & Toxicology, Springer Science & Business Media B.V., 2006  Consulter la publication dans ORBi (2) Schnitzler J., Siebert U., Jepson P., Beineke A., Jauniaux T., Bouquegneau  JM, Das K., Harbour porpoise thyroids: Histological investigations and potential interactions with environmental factors Langue du document, Journal of Wildlife Diseases, 44, 0090-3558, 2008. Consulter la publication dans ORBi Source :  reflexions.ulg.ac.be   (22.11.11)

   

Le tintamarre en mer, enfer des mammifères !
Le cétacé du mois de décembre : le lagénorhynque obscur...

Laisser un commentaire