À la recherche du narval…

(Pond Inlet, Nunavut) C’est une vieille légende qui m’amène ici, à Pond Inlet, au nord de la Terre de Baffin, dans l’Arctique canadien. Cette légende, c’est la licorne, un cheval fantastique au front orné d’une corne torsadée.  800px-Narwhals_breach 26 01.jpgBien sûr, ce cheval n’a jamais existé. Par contre, la corne fabuleuse qui a suscité cette légende existe bel et bien. Il s’agit en fait d’une dent qui pousse à travers la lèvre d’une baleine nordique, le narval, proche parent du béluga. La région de Pond Inlet est justement reconnue pour les nombreux narvals qui patrouillent dans les baies pendant le court été arctique, alors que les eaux sont libres de glace. C’est l’endroit idéal pour une expédition de kayak de mer, organisée par l’agence ontarienne Blackfeather.
Nous embarquons à bord du bateau de Charlie, un pêcheur inuit, pour rejoindre notre point de départ, entre les baies Oliver et Tay. Au cours des deux prochaines semaines, nous entendons pagayer vers l’ouest jusqu’à la baie Koluctoo, où nos chances de voir des narvals sont particulièrement bonnes.

Nous montons notre premier camp près d’une plage isolée. À cette latitude, au mois d’août, le soleil ne disparaît que pour une heure ou deux, et encore, il ne fait pas bien sombre. Le crépuscule est toutefois somptueux, le ciel prend des teintes orangées et rosées.
 Nous entreprenons véritablement notre périple le lendemain, en naviguant au bas de spectaculaires parois rocheuses. L’île Fréchette, notamment, se présente comme une lame de pierre de 800 mètres de haut fermement plantée dans la mer. Le paysage est beau, mais sévère: il n’y a ni arbre ni arbuste. En s’approchant de la côte, on voit parfois des sections de toundra: de la végétation au ras du sol, de la mousse, du lichen, de délicates fleurs sauvages. Le plus souvent, il n’y a que pierres et rochers.Le beau temps s’est installé: le ciel est bleu, le vent est léger. Au cours des jours suivants, nous admirons des icebergs, nous apercevons des phoques, des eiders, mais toujours pas de narvals.Ce n’est qu’après une semaine de navigation que Jonathan aperçoit des baleines pas très loin de nos kayaks. Nous saisissons nos jumelles: les deux cétacés ne sortent pas leur corne au-dessus de l’eau, mais il s’agit bel et bien de narvals: leur robe grise pommelée ne ment pas. Dans l’émotion, nous ne pensons pas à sortir nos appareils photo.C’est prometteur, nous ne sommes même pas encore rendus dans la baie de Koluctoo. Heureux, nous nous arrêtons pour camper au fond d’une anse. C’est alors que le mauvais temps refait son apparition. Le vent est tel que nous ne pouvons reprendre la mer. En attendant, nous faisons quelques randonnées dans la toundra, nous visitons quelques cabanes de trappeurs plus ou moins abandonnées. Un renard arctique vient également nous rendre visite. Mais nous piaffons d’impatience. Nous rêvons à la baie de Koluctoo, mais avec chaque jour qui passe, nos chances d’y parvenir s’amenuisent.
Un bébé narvalJe me promène sur la plage pour passer le temps. Tout à coup, je vois quelque chose s’ébattre dans l’eau, tout près. La créature mystérieuse a la taille d’un phoque, mais sa robe semble rosée, on dirait presque un petit dauphin… Je réalise alors que c’est un bébé narval! J’aperçois alors un peu plus loin deux narvals adultes qui patrouillent. Eh bien, si nous ne pouvons pas aller aux narvals, les narvals viennent à nous!Nous désirons quand même reprendre la mer et le soir même, nous profitons d’une accalmie pour défaire le camp et partir vers l’ouest. La mer est encore agitée, mais au moins, nous sommes en mouvement. Lorsque nous remontons le camp, au petit matin, nous sommes vannés, mais heureux de pouvoir admirer un nouveau paysage.Après quelques heures de sommeil, nous traversons un dernier bras de mer, secoués de tous côtés par les vagues, avant d’aboutir dans la fameuse baie Koluctoo. Celle-ci est protégée par un énorme cap de 1500 mètres de haut. Le vent semble disparaître d’un coup, la mer devient d’un calme étonnant. Il fait chaud sous le soleil, nous enlevons nos manteaux pour le dîner.Et la baie tient ses promesses: nous voyons au loin, puis un peu plus près, des dizaines de narvals. Certains dressent leur corne au dessus de l’eau, les croisent délicatement avec celles d’autres narvals.Les scientifiques ne sont pas certains de l’utilité de la fameuse dent. Les narvals ne semblent pas s’en servir comme moyen de défense, ou comme outil de pêche. Peut-être sert-elle simplement à établir la dominance entre mâles.Nous choisissons soigneusement notre camp pour pouvoir continuer à observer ces cétacés. Au petit matin, nous lézardons sur la plage, un café dans une main, un appareil photo dans l’autre. Le voyage est terminé, il ne nous reste plus qu’à attendre que Charlie revienne nous chercher pour revenir au village de Pond Inlet.
 
Source :  cyberpresse.ca  (24.01.12) 

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