Dans les eaux du Yangtzi, un marsouin au bord du gouffre…

Ce petit cétacé adapté à la vie en eau douce est menacé d’extinction. L’Union internationale pour la conservation de la nature le considère «en danger critique».

ParGREGORY SCHWARTZ

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Une petite tête ronde et noire au front bombé, un dos lisse dépourvu d’aileron, un mètre cinquante du museau à la nageoire caudale et une cinquantaine de kilos sur la balance: le marsouin aptère (Neophocaena phocaenoides) fréquente les eaux côtières d’une grande partie de l’Asie, du golfe arabo-persique au Japon. Comme la plupart des cétacés, ce marsouin, s’il n’apprécie guère la haute mer, vit en eau salée. Sauf dans un cas précis : le fleuve Yangtzi, en Chine, où une sous-espèce du marsouin a élu domicile en eau douce. Jusqu’au milieu des années 2000, le marsouin partageait les eaux du grand fleuve chinois avec un autre cétacé, le dauphin du Yangtzi ou baiji. Celui-ci a depuis été déclaré éteint, et le pauvre marsouin reste seul. Sa situation risque de se détériorer encore. L’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), qui évalue le risque pesant sur les espèces du vivant, a indiqué mardi avoir fait passer, lors de son examen périodique de la faune, le marsouin du Yangtzi dans la catégorie «en danger critique», dernière étape avant l’extinction, rapportait cette semaine le New Scientist. « Le marsouin aptère du Yangtzi (Neophocaena asiaeorientalisasiaeorientalis), sous-espèce du marsouin aptère, mais aussi l’un des derniers cétacés d’eau douce restant au monde, a également été examiné. On le trouve dans le fleuve chinois du Yangtzi ainsi que dans les deux lacs voisins de Poyang et Dongting. Sa population, estimée à 1 800 environ en 2006, a diminué de plus de 5% par an depuis les années 80, et il a été classé en catégorie « en danger critique »», écrit l’IUCN sur son site Internet, dans la liste des changements opérés dans sa classification. «Ces marsouins subissent notamment la menace croissante de la pêche illégale, du trafic fluvial en hausse, de l’extraction de sable et de la pollution», précise l’IUCN. En tant que sous-espèce adaptée à l’eau douce d’un animal marin, le marsouin du Yangtzi dispose d’adaptations évolutives spécifiques à son milieu. «En conséquence, la rivière ne pourra pas, s’il disparaît, être repeuplée avec une variété différente adaptée à la vie en mer», prévient Sam Turvey, spécialiste des cétacés à la Société zoologique de Londres, cité par le New Scientist. «On estime actuellement que les deux sous-espèces se sont distinguées l’une de l’autre il y a plus d’un million d’années, et il n’y a aucun échange génétique entre les deux. Il est même possible que la variété du Yangtzi puisse être considérée comme une espèce à part entière.»Face à l’ampleur des menaces qui pèsent sur le marsouin du Yangtzi, les chercheurs estiment que la solution la plus vraisemblable pour lui éviter de disparaître serait de développer un programme de conservation et de reproduction en semi-captivité, par exemple dans les lacs adjacents au fleuve. «Surtout si on installe dans les lacs formés par les bras morts du fleuve des populations de marsouins en mesure de se reproduire. Ces lacs ont une écologie très proche de celle du Yangtze, mais peuvent être bien plus facilement protégés», estime Sam Turvey. Source & liens complémentaires : liberation.fr (05.07.13) 
Plus d’infos sur l’espèce & fiche pédagogique téléchargeable : Le marsouin aptère

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