Vidéo – Blackfish et Death at SeaWorld : réquisitoires contre la captivité des orques…

Le 24 février 2010, le monde apprenait la disparition tragique de Dawn Brancheau. Cette entraîneuse expérimentée, qui travaillait à SeaWorld Orlando, venait d’être tuée par l’une des orques-vedettes, Tilikum. Et ce n’était pas la première fois que l’animal était impliqué dans un accident de ce genre. Pourtant, à chaque mort causée par la bête, le blâme était rejeté sur la victime. Erreur de débutant, queue de cheval distrayante… Mais plutôt que de faire ces critiques, n’aurait-il pas fallu s’interroger sur le fait que l’épaulard, ce grand prédateur, soit gardé en captivité? C’est la question que creuse le documentaire Blackfish, de Gabriela Cowperthwaite, et le livre Death at SeaWorld, de David Kirby.

L’enquête écrite…

David Kirby est un type droit. Même si, dans son livre, Death at SeaWorld – Shamu and the Dark Side of Killer Whales in Captivity, il écrit que tous ceux qui entrent en contact avec un épaulard voient leur existence chamboulée à tout jamais, il concède que, pour lui, l’effet n’a pas été aussi renversant. «Je dois être honnête. Voir des orques de près n’a pas changé ma vie. Je les ai vues. C’était grisant. Mais contrairement à d’autres, je ne suis pas devenu ‘‘orcaholique’’.»

C’est aussi avec cette vision claire, objective, qu’il a abordé l’histoire des épaulards en captivité. En guise de fil conducteur pour son livre, construit comme un roman, il a choisi de suivre le parcours de Naomi Rose, une jeune Américaine fascinée par les mammifères marins. À travers des extraits de son journal intime et de ses découvertes, on apprend une multitude de choses sur les orques. De plus, au fil des pages, Naomi se métamorphose : la jeune femme qui se rend au départ à SeaWorld avec un certain détachement devient une activiste et une détractrice passionnée de l’endroit. «Cela fait 20 ans qu’elle se bat sans relâche contre ces parcs», remarque Kirby.

Outre celui de Rose, l’auteur retrace également le chemin parcouru par d’ex-entraîneurs du tristement célèbre parc d’attractions aquatique. Autrefois employés enthousiastes et naïfs, ils ont fini par quitter l’endroit, désillusionnés, voire complètement horrifiés par le traitement réservé à l’Orcinus orca. 9781250002020_custom-s6-c30.jpg

«Aux États-Unis, nous sommes accros au divertissement. On baigne dedans, mais on n’en a jamais assez. Et je pense que SeaWorld comble une part de ce besoin.» – David Kirby, journaliste et auteur de Death at SeaWorld – Shamu and the Dark Side of Killer Whales in Captivity.Détaillée et touffue, l’enquête de Kirby montre également à quel point SeaWorld est un microcosme où les sourires sont obligatoires, où les histoires d’amour entre entraîneurs sont fréquentes, où l’importance de l’esprit de famille – cuuuute! – est martelée tel un mantra et où, du moins dans les années 1980, 1990, une grande majorité d’employés étaient Blancs et blonds.

Dans cet univers où on brasse énormément d’argent et où les mots utilisés pour s’adresser aux animaux et pour calmer les spectateurs sceptiques sont aussi doux que les peluches qui se vendent par centaines au magasin de souvenirs, vit Tilikum, ou plutôt survit Tilikum. Cet épaulard avait déjà causé deux morts avant de s’en prendre à une entraîneuse des plus expérimentées, Dawn Brancheau, en 2010. Une catastrophe qui continue de hanter les esprits.

Souvent agressé par les orques femelles et confiné à un bassin miniature pour la nuit, «Tili» est, selon plusieurs spécialistes, psychologiquement affecté par la captivité, ce qui l’aurait amené à poser ces actes mortels.

Lorsqu’il parle de Tilikum et des autres orques dans ses pages, David Kirby utilise souvent les termes de «grand prédateur». Un emploi qui est loin d’être accidentel. «Ce ne sont pas de gentils pandas! Ce sont des animaux qui peuvent vous tuer en une seconde. Avec un simple balancement de leur queue, ils peuvent vous faire perdre connaissance. J’utilise ces mots pour rappeler la force inouïe des orques, leur place dans la chaîne alimentaire et, surtout, le fait que plonger dans un bassin avec eux, c’est comme nager avec un tigre. Ou un lion.»

Et l’enquête filmée…

Blackfish, film de Gabriela Cowperthwaite, a bien sûr pour sujet les orques. Mais il traite aussi de mensonges. Des mensonges que les entraîneurs se font raconter par la direction de SeaWorld. Des mensonges qu’ils racontent ensuite aux visiteurs. Et des mensonges qu’ils se racontent souvent à eux-mêmes pour être capables de continuer à travailler dans ce parc aquatique aux pratiques controversées. «Cela fait 40 ans que la campagne de pub de SeaWorld bat son plein. À force d’offensives médiatiques, les dirigeants ont été capables de convaincre tout le monde du conte de fées qu’ils ont créé de toutes pièces. Le conte de l’épaulard captif heureux.»

Blackfish a pour point de départ le décès de l’adorée Dawn Brancheau, survenu le 24 février 2010 à la succursale d’Orlando. À partir de cette tragédie, la documentariste tente de découvrir ce qui a poussé Tilikum, l’animal responsable, à attaquer aussi brutalement une femme avec laquelle il avait l’habitude de travailler, de nager et de jouer. Pour ce faire, Cowperthwaite présente des images d’archives, ainsi que des entrevues avec un chercheur, avec une neuroscientifique, avec d’ex-entraîneurs, et même avec un homme qui capturait des épaulards dans les années 1970. En se souvenant comment il avait aidé à séparer un petit de sa mère, l’homme, un dur d’entre les durs, qui affirme «en avoir vu d’autres», se met à sangloter devant la caméra…

Évidemment, le portrait que dresse la cinéaste de l’industrie qui réalise des profits astronomiques en gardant de majestueux prédateurs en captivité n’a vraiment pas plu aux principaux intéressés. Quelques jours avant la sortie de Blackfish, SeaWorld a même envoyé une critique dévastatrice à une cinquantaine de journalistes susceptibles d’écrire sur le film. Gabriela Cowperthwaite n’a pas été surprise outre mesure. «Je savais qu’ils réagiraient d’une façon ou d’une autre. Par contre, j’ai été étonnée qu’ils remettent en question les faits que je mets en lumière. Parce que, s’il y a un domaine dans lequel ils sont loin d’exceller, c’est bien dans l’exactitude des faits!» Eh oui, tel que démontré dans le film, les employés du parc sont conditionnés à rapporter aux visiteurs des informations que bon nombre de scientifiques qualifient de «sottises». Ainsi, on leur demande de répéter à la foule que l’espérance de vie moyenne des orques est d’une vingtaine d’années, alors qu’à l’état sauvage, il n’est pas rare que les femelles vivent jusqu’à 80 ans. Aux curieux, ils affirment aussi que oui, oui, bien sûr, il est tout à fait normal que l’aileron des épaulards finisse par s’effondrer sur lui-même, ce qui n’arrive que dans 1 % des cas chez les spécimens vivant en liberté.

La documentariste déplore l’«instinct enfantin» qui a poussé les hommes à confiner des animaux grandioses dans des parcs. «C’est comme un gamin qui voit une bête magnifique, l’attrape, la ramène à la maison, seulement pour réaliser que les chances qu’il finisse par la tuer viennent de grimper d’un cran, car il n’arrivera jamais à lui donner ce dont elle a réellement besoin.»

Source : journalmetro.com  (25.07.13)

Blackfish prochainement en salle, voir : allocine.fr 

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