Les orques vivent un enfer dans les parcs. J’ai vu les coulisses de Marineland : révoltant… !

En février 2010, en plein milieu d’un spectacle, une orque du parc aquatique Seaworld saisit sa dresseuse et l’entraîne sous l’eau. Elle meurt noyée. Le documentaire « Blackfish » diffusé sur Arte retrace la vie cette orque tueuse. À qui la faute ? Il y a une dizaine d’années, Marc a réalisé un stage à Marineland à Antibes. Pour lui, de toute évidence, les parcs sont responsables.

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Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de visionner « Blackfish » (« L’orque tueuse » en français), diffusé sur Arte. Tout ce que j’ai pu voir dans ce documentaire a fait remonter à la surface mon propre vécu, car tout ce qui s’y dit est véridique. Ce film est une révélation.

Je fais partie de la génération « Sauvez Willy ». Depuis l’enfance, ce film a déclenché en moi une évidente passion pour les mammifères marins, que j’ai pu naturellement assouvir en allant régulièrement au parc Marineland d’Antibes, sur la Côte d’Azur dont je suis originaire. Une première ambition de devenir vétérinaire s’est par la suite mutée en désir d’étudier et de faire carrière dans la cétologie (l’étude des cétacés). A 18 ans, mon bac S en poche, je me suis donc inscrit en première année de biologie à la fac de sciences de Nice. En cours d’année, l’occasion d’un stage s’est présentée, j’ai toute de suite pensé à Marineland.

Malheureusement, cette expérience m’a fait revoir le bon cliché que j’avais des parcs zoologiques et l’idée fausse que je me faisais sur le traitement des animaux en captivité.

Prévu aux orques, je me suis retrouvé aux manchots

J’avais demandé au préalable de passer le temps de mon stage (10 jours) au bassin des orques. Dès mon premier jour, j’ai très vite déchanté : on m’avait affecté aux manchots, car il y avait « besoin de main d’œuvre ».

À l’époque, ils étaient cachés du public, enfermés et entassés dans un minuscule enclos en coulisse.

Ils vivaient dans leurs excréments. Il s’y dégageait une odeur plus que nauséabonde. J’avais pour travail de les nourrir, notamment ceux qui étaient handicapés (aveugles, au bec cassé ou avec une aile atrophiée).

Si par malheur l’animal laissait tomber un poisson, il ne fallait pas le ramasser mais lui en donner un autre car il était contaminé.

Pas touche au dauphin !

Au bout de quelques jours, on m’a envoyé au bassin des dauphins pour en gratter le bord à l’éponge. Dès les premiers instants, Joséphine, la star du « Grand Bleu », s’est approchée de moi et j’ai eu l’envie de la toucher.

Ma responsable m’en a défendu car seuls les dresseurs en avaient le droit, prétextant que cela pouvait perturber les animaux s’ils n’étaient pas dans un cadre de travail. Ou devrais-je dire, d’une prestation payante.

Les vestiaires se situant près du bassin des orques, j’allais tous les matins leur rendre visite, avant l’ouverture au public. J’ai pu nouer une sorte de contact avec le bébé de l’époque, Wiki, qui était curieuse et très joueuse. Elle connaissait déjà quelques gestes essentiels et « ordres » régulièrement utilisés lors des spectacles.

À partir de ce moment-là, j’avoue que j’ai commencé à arriver en retard un peu plus tous les matins. Ma responsable en a eu marre et a décidé que dorénavant je n’étais plus sous sa responsabilité.

Je l’ai pris comme une bonne nouvelle car j’étais libre d’aller au bassin des orques, le but initial de mon stage. Les soigneurs des orques m’ont de suite accepté et j’ai pu finir mon stage avec eux.

Mais mon rapport a changé de sujet ; de « la condition de vie des orques en captivité » il est devenu : « les coulisses du parc Marineland ». Je n’avais bien évidemment pas le droit de prendre des photos.

En captivité, les orques s’ennuient

Quand j’ai vu ces majestueux animaux dans leur bassin étriqué, tourner en rond comme des poissons rouges dans un bocal, entre deux spectacles, j’ai réalisé à quel point ils devaient être malheureux. Ils meurent d’ennui.

La captivité provoque toutes sortes d’effets secondaires ; outre l’espace vital, le manque d’exercice et les dérèglements psychologiques, ils ont d’importantes carences alimentaires car leur nourriture est essentiellement basée sur le hareng et le maquereau, contrairement à la vie « libre » où leur régime alimentaire est très varié.

Par conséquent, chaque animal avait une prescription médicale. Ma mission principale était de les nourrir : tri du poisson et préparation des médicaments en les insérant dans les ouïes des poissons, suivant un tableau affiché dans la cuisine.

Ces bêtes évoluent dans une eau salée mais aussi chlorée qui détériore leurs yeux et poumons (première cause de mortalité). C’est pourquoi les soigneurs leur administraient de la vitamine A et E. En captivité, les orques mâles sont nerveux, leur tension sexuelle est maximale. L’équipe leur donnait une pilule contraceptive pour chienne pour éviter qu’ils ne se reproduisent entre membres d’une même famille. Les cas d’inceste ne sont pas rares chez les animaux en captivité.

« On fait du business »

En regardant « Blackfish », j’ai retrouvé de nombreuses similitudes avec ma propre expérience. J’ai notamment appris l’existence de l’insémination artificielle alors que les parcs se servent de l’argument des naissances comme preuve de bonne santé.

Quels vétérinaires se rendent complices de ce désastre ? Je ne blâme pas les soigneurs, ce sont souvent des scientifiques qui poursuivent un rêve et se retrouvent à travailler dans des delphinariums pour ne pas être au chômage. Mais ils sont victimes du système eux aussi, autant que les animaux.

À la fin de mon stage, j’ai eu un entretien avec le responsable animalier. Dans le blanc des yeux, il m’a déclaré :  

« Ici, on ne fait pas de sauvegarde animale, mais du business. On leur assure juste une survie à peu près décente. »

Ça m’a achevé. Ce parc est une machine à fric. Un parc, qui au nom de la sauvegarde des espèces, ose héberger des ours polaires sur la Côte d’Azur, avec une banquise artificielle de seulement 50m².

Un parc qui prévoit prochainement de s’agrandir et de construire un lagon artificiel, un complexe hôtelier. Un parc qui n’a aucune honte à vendre une rencontre avec les dauphins en tant que prestation. (La dernière mode : faire sa demande en mariage avec les dauphins…)

Un parc qui conditionne ses pensionnaires à n’être que des bêtes de cirque, humains et animaux. Marineland est plus qu’un parc animalier, c’est un lobby.

Je lance un appel à témoin

Je n’ai jamais compris l’intérêt de voir des poissons dans un aquarium alors qu’il suffit d’un masque et d’un tuba pour apprécier la beauté des fonds marins. J’ai eu l’occasion de faire du whale watching en Corse puis au Canada, l’émotion est immense et incomparable par rapport à une vitre de bassin.

Après mon stage, j’avais déjà le projet de changer de voie dans mes études. J’ai néanmoins présenté mon rapport, et ma tutrice l’a immédiatement censuré, le qualifiant de « trop dénonciateur ». J’ai laissé tomber.

Depuis 10 ans je travaille dans le tourisme. Je ne suis retourné qu’une seule fois à Marineland, pour des besoins professionnels et la mort dans l’âme.

Aujourd’hui, je lance un appel à témoin. J’invite toutes les personnes ayant vu comme moi les coulisses à se manifester. Stagiaires, employés, anciens soigneurs, il faut sortir de l’ombre et faire connaître l’envers du décor au grand public.

Sea World a vu sa fréquentation baisser après « Blackfish », faisons de même à Antibes ! Car pas de demande, pas d’offre.

Quel avenir pour les zoos marins ?

Il faut interdire la capture d’animaux en milieu sauvage. L’histoire de Keiko, héros de « Sauvez Willy », nous a prouvé que la relâche en liberté n’est pas viable. Les animaux devraient tous être nés en captivité, en attendant une interdiction totale des zoos.

Néanmoins, la contradiction réside dans le fait que ce genre de parc a permis d’observer les animaux, mais l’idée même de l’existence de ces zoos me révulse.

J’ai regardé récemment « Winter le dauphin », l’histoire de ce dauphin amputé de la queue et qui aujourd’hui se trouve dans un hôpital marin qui est en partenariat avec une association d’handicapés moteurs et dont l’efficacité est prouvée.

Pourquoi ne pas transformer tous les zoos en hôpitaux ? C’est là que nous pourrions faire la différence : aider, soigner, étudier mais ne pas considérer ces parcs comme de vulgaires manèges. 
Source & liens complémentaires :  nouvelobs.com (31.07.14) Source photo :  wikipedia.org 

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