Martinique – Échouages en série : les autorités « vigilantes »…

10 mammifères marins de toutes sortes se sont échoués sur nos côtes depuis le début de l’année, dont 8 pour la seule commune de Trinité. Un nombre qui interpelle mais pas encore alarmant. Premières explications.
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Non, il n’y a pas eu deux échouages successifs le week-end dernier sur les plages de Trinité. En réalité, il s’agissait du même animal, une baleine à bec de Cuvier, arrivée sur la plage dite des surfeurs le vendredi et déplacée sur celle de l’Anse l’Étang, compte tenu de sa corpulence. L’animal, généralement assez discret et difficile à observer en mer, pesait près de 600 kilos pour 6 mètres de long.

Depuis le début de l’année néanmoins, les autorités comptabilisent un nombre assez important de cétacés venu s’échouer sur nos côtes. « Nous avons 10 échouages tous cétacés confondus là où, habituellement nous n’en observions que 3 ou 4 par an » , commente Fabien Védié, référent Milieu Marin à la Deal (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) de Martinique. « Le plus signifiant, sur ces 10 animaux, c’est que 8 se sont échoués à Trinité » .

Ceux-ci sont quasiment tous des cétacés dits « grands plongeurs » : des globicéphales surtout, mais aussi un cachalot nain ou encore cette baleine à bec. Ils vivent plutôt au large des côtes dans des habitats profonds, qui ne sont pas forcément les mêmes d’ailleurs, selon les espèces.

HYPOTHÈSES ÉCARTÉES, ANALYSES TOUJOURS EN COURS

Alors pourquoi se sont-ils tous retrouvés sur les plages trinitéennes dans ce cas, outre le fait que la configuration des courants et des deux baies de Trinité peuvent s’y prêter ? À ce jour, s’ils n’ont pas d’explications certaines, les spécialistes peuvent déjà avancer un certain nombre d’éléments.

Les cétacés sont arrivés en plutôt bonne composition, ce qui signifie qu’ils ne sont pas morts au milieu de l’Atlantique mais plutôt au large des côtes martiniquaises. Un repérage de terrain a d’ores et déjà écarté une activité polluante dans la zone. L’examen visuel externe et interne des animaux n’a pas non plus relevé de lésions particulières (collision avec un bateau, braconnage, pêche…) ou de maladies. « Leur estomac n’a pas montré d’encombrement d’éléments plastiques » , précise aussi Fabien Védié.

Sur la base de ces premières constatations, l’analyse des prélèvements de tissus ou d’organes, effectuée par l’Observatoire Pelagis de La Rochelle, pourrait être déterminante. « Tous ces cas sont-ils liés ou pas ? Nous ne le savons pas encore. On a fermé des hypothèses mais d’autres restent encore possibles. Comme ces animaux ont dérivé, l’origine serait plutôt à chercher au large » . Une des pistes envisagées est une éventuelle perturbation sonore d’origine anthropique (dûe à l’action de l’homme). Les cétacés, qui se déplacent grâce à leur sonar, pourraient avoir été désorientés. Une hypothèse parmi d’autres.

« Cette série d’échouages n’est pas alarmante mais nous restons vigilants. Leur nombre nous pose un peu question et nous interpelle afin d’affiner davantage notre diagnostic. Nous continuons les investigations et allons tenter de pratiquer des prélèvements et des examens anatomiques un peu plus poussés sur les prochains animaux, même si c’est très délicat à faire ».

Surtout, ne pas les manipuler

C’est un mauvais réflexe à surtout éviter. Même vivants, les cétacés ne doivent pas être manipulés avant l’arrivée des personnes habilitées à le faire. Outre leur statut d’espèces protégées, ils sont également soumis à l’arrêté ministériel de 2011 qui interdit toute manipulation.

À cela, plusieurs raisons. S’ils sont vivants, ces animaux très puissants peuvent être dangereux pour l’homme, avec leurs nageoires par exemple. Ils sont aussi parfois porteurs de bactéries transmissibles à l’humain et susceptibles d’engendrer des problèmes respiratoires. Une mauvaise manipulation peut également être dangereuse pour le cétacé lui-même.

« Très souvent, l’animal, même vivant, est déjà condamné. Cela ne sert, dans ce cas, de toute façon à rien de tenter de le remettre à la mer » , précise encore Fabien Védié de la Deal.

Dans le cas de cétacés morts, l’examen et les mesures diverses, la nécropsie et l’état de conservation du cadavre sont des éléments importants pour les scientifiques. Ils permettent à la fois de connaître les causes éventuelles de la mort mais aussi de recueillir des données permettant une meilleure gestion de ces populations.

Pas anodin, compte tenu de la création du sanctuaire Agoa, une aire marine protégée dans les Antilles françaises.

Sur leur territoire, les mairies sont responsables de l’évacuation des animaux, notamment de leurs carcasses. Pour des raisons sanitaires, elles ont, en revanche, l’obligation de laisser accéder aux mammifères d’abord les personnes habilitées. Elles sont cinq actuellement mais, d’ici la fin de l’année, de nouvelles devraient être formées.
Que faire en cas de découverte ?

Qu’ils soient morts ou vivants, il est interdit de toucher les cétacés. En cas de découverte, contacter immédiatement la Deal au numéro d’urgence 0696.84.84.98, le SDIS ou le Cross AG qui feront le lien.


Source et capture d’écran : 
martinique.franceantilles.fr (06.09.14)


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