Nantes – Planète Sauvage – Aïcko, le « petit amour » oublié

À Planète Sauvage, Aïcko dépérit. « Jamais je n’ai vu un jeune dauphin aussi mal en point » écrit la Dre Naomi Rose dans son rapport sur le delphinarium, après sa visite du 29 octobre, à l’invitation de One Voice qui va déposer un complément de plainte pour petit Aïcko.

La petite crevette que tout le monde aimait
« C’est un dauphin qui ressemble à une crevette, tellement il paraît petit et chétif entouré de sa maman et de sa marraine. Aïcko est né samedi et déploie depuis ses nageoires dans les bassins du Parc Astérix. Le bébé pèse 12 kg, contre 180 kg pour ses parents, la jolie Aya, 14 ans, et le séducteur Guama. » Guama, qui est aussi le papa de Galéo. Pour éviter les dangers,  Aïcko peut compter sur sa mère poule Aya et sur sa vieille marraine de 35 ans, Beauty : « Elles le suivent à la trace. Beauty se met sur le côté pour éviter qu’il se cogne au bord et, dès qu’il y a de l’agressivité dans le bassin, Aya accourt et prend en sandwich Aïcko pour qu’il ne reçoive pas de coups des autres dauphins », nous raconte Christel, sa soigneuse.

C’est ainsi que la naissance d’Aïcko, « petit amour » en japonais, était annoncée en août 2010. Pour dégager de la place et éviter que « ces jeunes mâles ne se reproduisent pas avec leur mère et/ou leurs sœurs », comme l’avoue le Parc Astérix (alors qu’en mer, aucun dauphin ne songerait à violer ses parents !), Aïcko a pourtant été vendu, avec son demi-frère Galéo, à Planète Sauvage en janvier 2015. Ici, plus de jolie maman Aya, plus de marraine pour le protéger : il est livré à l’arbitraire de Péos à la gueule cassée, un grand mâle qui lui aussi a subi de graves traumatismes durant son enfance et qui agit comme un caïd, victime de sa propre histoire.

Aïcko s’enfonce dans le désespoir
C’est ainsi que l’a trouvé la Dre Rose, qui s’est rendue à la Cité Marine le 29 octobre dernier avec One Voice. Elle y a découvert un petit Aïcko maigre à faire peur. « Jamais durant toute ma carrière, je n’ai vu un jeune dauphin captif aussi chétif ».
Comme Galéo il y a quelques mois, Aïcko présente des signes de malnutrition graves et son corps de profondes morsures en râteau, toujours à vif. À l’exception des deux nouveau-nés, Aïcko est le plus jeune dauphin du parc. Ce n’est encore qu’un delphineau de six ans, placé tout en bas de la hiérarchie féroce qui règne à Planète Sauvage. En liberté, les dauphins subalternes peuvent aisément fuir les interactions agressives avec des individus plus âgés. Rien de tout cela en captivité, où règne un ordre démentiel dans un huis clos infiniment trop petit.

Pendant le spectacle bruyant et si peu naturel, Aïcko n’obéit pas ou bien se lance à corps perdu à la rencontre de son demi-frère qui nage avec un dresseur. Tout indique chez lui une grande confusion et un stress immense. Peut-être y survivra-t-il, mais il est affligeant de devoir traîner un delphinarium en justice pour qu’il s’occupe correctement de ses détenus à vie.

La visite de la Dre Ingrid Visser semble pourtant avoir eu cet effet. Aïcko va un peu mieux, il a repris du poids et ses blessures cicatrisent. Mais quelle vie atroce ! Il n’est pas normal, assène Naomi Rose, que le parc laisse ainsi ses dauphins subadultes à la merci d’adultes agressifs.

Arrêtez les bébés !
La Dre Rose s’inquiète aussi de l’avenir d’Amani et Nouma, les deux petits mâles nés à la fin de l’été. Quelle vision du monde vont-ils pouvoir se faire, enfermés jour après jour avec leurs mères terrifiées, tandis que Péos vient claquer rageusement des mâchoires devant la porte qui les sépare du bassin principal ? Les parois du bassin de maternité où ils grandiront se couvrent d’une algue noire, qu’on laisse croître sur le substrat d’excréments pour diminuer la réflexion solaire. Pourquoi ne pas leur donner de l’ombre à tous avec un simple auvent, alors que les dauphins captifs, toujours en surface, souffrent gravement des rayons UV ?

Les deux delphineaux ne pourront se développer normalement dans ce bassin, conclut Naomi Rose, et Planète Sauvage devrait renoncer une fois pour toutes à la reproduction. Mais voilà ! Un bébé qui naît, c’est tant de clients en plus ! Alors, tant pis si les « petites crevettes » si populaires à la naissance deviennent ensuite les souffre-douleur de dauphins rendus fous par la captivité et l’ennui ! Ici, la compassion n’a pas sa place.

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Qui est la Dre Naomi Rose ?
Docteure en biologie animale de l’University of California, Santa Cruz, Naomi Rose est la référence au niveau international dans les domaines liés à la captivité des mammifères marins. Elle est l’auteure de plus de 30 articles scientifiques « peer-reviewed », ainsi que de nombreux articles et de chapitres dans plusieurs livres. Elle a témoigné quatre fois devant le Congrès des États-Unis sur des questions aussi diverses que la chasse sportive aux ours polaires, le bien-être des mammifères marins captifs ou l’impact du bruit causé par l’humain sur les mammifères marins. La Dre Rose est membre du Comité scientifique de la Commission Baleinière Internationale depuis 2000, au sein de laquelle elle participe au sous-comité sur l’observation des baleines et au groupe de travail permanent sur les préoccupations environnementales. Après avoir œuvré 20 ans à la défense des mammifères marins à la Humane Society International, pour laquelle elle a notamment rédigé une synthèse éclairante The Case Against Marine Mammals in Captivity, elle travaille aujourd’hui au sein de l’Animal Welfare Institute. À ce titre, elle a participé récemment aux négociations avec SeaWorld pour mettre fin à la reproduction des orques et se prépare à ouvrir aux côtés de la Dre Lori Marino un centre de réhabilitation pour cétacés captifs dans le cadre du Whale Sanctuary Project. Noami Rose est enfin une actrice essentielle de la coalition européenne Dolphinaria-Free Europe dont One Voice est membre.

Source article et vidéo : One Voice

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Paris-Match revient également sur ce décès : Qui a tué Aïcko ?
Un tel relais par les médias montre clairement que les delphinariums n’ont plus « le vent en poupe » et il va leur être difficile désormais de passer les décès sous silence …

 

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