[ ☢ Les orques nagent en eaux troubles ]

Siné Mensuel revient – dans son numéro de novembre 2018 – sur la contamination des orques par le PCB. L’équipe de Réseau-Cétacés remercie Maxime Carsel de l’avoir contactée pour la rédaction de cet article ⤵️

Lulu est morte en 2016 sur une plage écossaise. Elle avait 20 ans. Lulu était une femelle épaulard prise dans un filet de pêche. Son autopsie a montré que sa graisse contenait un taux astronomique de PCB, un produit chimique polluant qui pourrait faire disparaître la grande famille des orques d’ici un demi-siècle.

Inventés au début du XXème siècle, les PCB (polychlorobiphéniles) ont été conçus pour leurs propriétés isolantes. On les trouvait dans les transformateurs électriques, les condensateurs, les fours à micro-ondes, les peintures pour bateaux mais aussi dans certains adhésifs – la liste est longue. Largement utilisés dans les années 70, ils ont été logiquement interdits en 1987 en raison de leur dangerosité et enterrés par l’accord de Stockholm en 2001.

Ils provoquent des troubles neuro-comportementaux, notamment chez l’enfant exposé in utero, et des troubles du système endocrinien chez l’adulte quand ils sont ingérés.

Les niveaux de concentration des PCB, répandus largement dans l’environnement, n’ont pas du tout disparu. « Les PCB se décomposent lentement et se sont frayés un chemin dans la chaîne alimentaire », indique Lesitedel’orque.fr. Les phytoplanctons sont les premiers intoxiqués. Ils servent de nourriture aux zooplanctons qui héritent aussi du polluant. Arrivent ensuite les harengs qui mangent les zooplanctons et qui se font croquer à leur tour par le saumon. La boucle est bouclée. On appelle ça la bioaccumulation. « Les orques, en tant que superprédateurs situés en bout de chaîne alimentaire, présentent les taux les plus élevés de PCB constatés chez les mammifères », déplore Sandra Guyomard de l’association Réseau-Cétacés. La fertilité de ces animaux est directement impactée, si bien que la revue Science a publié en septembre 2018 un rapport qui dénonce la disparition de l’animal d’ici un demi-siècle.

Lulu avait un taux de PCB environ 80 fois supérieur au seuil de toxicité accepté pour les mammifères marins. Au total, ce sont 2 millions de tonnes de PCB qui ont été fabriquées dans le monde, et 10% de cette production se retrouve aujourd’hui dans l’environnement. Pour fuir ce fléau, les scientifiques ont observé que les orques avaient déserté certaines zones comme le Japon, le Brésil, le Détroit de Gibraltar ou le Royaume-Uni pour se réfugier dans les régions extrêmes, entre les 50° et 70° parallèles sud.

D’aucuns pensent que pour protéger les orques, les delphinariums pourraient devenir des sanctuaires, « mais il est scientifiquement avéré qu’une orque souffre en captivité. Aucun delphinarium ne peut répondre aux besoins physiologiques d’un animal taillé pour les grands espaces. A titre d’exemple, 1400 tours de bassin sont nécessaires à une orque pour parcourir la même distance qu’en milieu naturel chaque jour », souligne Sandra Guyomard.

Il reste entre 50 000 et 100 000 individus sur la planète et moins de cinquante ans pour sauver Willy !

Maxime Carsel – Siné Mensuel, novembre 2018 – N°80

Photo de une : Pxhere

 

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