Ce que révèle le grand tabou des émotions animales

La dernière étreinte, c’est celle d’un chimpanzé femelle avec Frans de Waal, à l’origine d’un nouvel essai dans lequel le scientifique et auteur montre que les primates – son sujet d’étude – et plus largement les animaux sont capables d’éprouver et de montrer leurs émotions au même titre que nous. Entretien avec un des noms célèbres de l’antispécisme.

La dernière étreinte : c’est le titre, plus énigmatique que les autres, du dernier ouvrage de Frans de Waal. Dans Le bonobo, Dieu et nous ou plus récemment, Sommes-nous trop “bêtes” pour comprendre l’intelligence des animaux ? le célèbre primatologue néerlandais installé aux Etats-Unis s’était intéressé à la bienveillance et à l’intelligence animales. Autant d’adjectifs que l’on a encore du mal à adosser au comportement d’un primate : ne choisirait-on pas avec plus de facilité les mots d’affectueux ou de malin, plutôt que ceux de bienveillant et d’intelligent ?

Dans La dernière étreinte, Frans de Waal continue cette déconstruction des préjugés liés essentiellement au langage – mais pas que -, et qui légitiment des comportements de domination envers les animaux. Il s’attaque cette fois-ci aux émotions, dont on a d’abord peiné à montrer l’universalité chez les humains, qu’on a souhaité réduire à un panel restreint, et qu’aujourd’hui l’on refuse à toute autre espèce que la nôtre. Or, la dernière étreinte, c’est celle de Mama, un chimpanzé femelle, qui juste avant de s’éteindre, a serré le primatologue dans ses bras comme un ami. Fort de cette expérience, l’auteur va s’intéresser à tout un catalogue d’émotions dont il montre qu’elles sont identiques chez l’animal et chez l’homme, à partir d’études et de constatations personnelles. Du deuil à la joie, il montre que les différences entre les humains et les animaux sont ténues.

Le rire, par exemple, « n’est pas lié à l’humour, il est lié aux relations sociales. Nous sommes munis d’un outil qui consiste à aboyer bruyamment pour signifier notre entente et notre bien-être avec autrui. Un groupe de gens qui rient exprime une forme de solidarité et d’union qui n’est pas sans rappeler une meute de loups qui hurlent ». Quant au chagrin, c’est « le revers triste du lien social : la perte. Il pénètre peut-être aussi profondément l’âme de certains animaux que la nôtre, puisque nous avons une base neuronale commune – à l’image du système de l’ocytocine -, et peut-être une conscience comparable de la vie et de sa fragilité ».

De quoi remettre en perspective l’idée d’une nature ou d’une évolution « naturelle » de l’homme comme être supérieur au reste du vivant. À l’occasion d’un court passage à Paris, l’auteur a accepté de répondre aux questions des Inrocks.

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Source : Les Inrocks – Publié le 25 novembre 2018

 

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