Plus de huit millions de tonnes, c’est la quantité de déchets plastiques qui se déverse chaque jour dans les océans, selon une étude parue en 2015. Soit l’équivalent d’une benne à ordures déversée toutes les minutes. La quantité a de quoi effrayer, malheureusement elle est amenée à augmenter au cours des prochaines années, constituant un danger grandissant pour l’environnement et la faune sauvage.

De multiples espèces marines sont affectées par cette pollution croissante. Un cachalot récemment échoué en Indonésie avec 6 kg de matières plastiques dans l’estomac en a livré une nouvelle démonstration. Mais les tortues font également partie des principales victimes comme le confirme aujourd’hui une étude publiée dans la revue Global Change Biology.

Les recherches ont été menées par des scientifiques britanniques qui ont examiné 102 tortues marines appartenant aux sept espèces répertoriées. Toutes étaient mortes échouées ou suite à une capture accidentelle dans les océans Pacifique, Atlantique ou en Méditerranée. Et toutes sans exception ont montré après autopsie un triste point commun : des microplastiques dans leur organisme.

800 particules identifiées sur 102 tortues

Les chercheurs ont identifié au total 800 particules plastiques de moins de cinq millimètres de long. Et ce, uniquement dans les intestins des reptiles, ce qui signifie que la quantité réelle pourrait être 20 fois supérieure. D’après les résultats, les tortues dépassaient en moyenne les 150 fragments et les spécimens méditerranéens ont décroché le record des plus contaminés avec plus de 500 morceaux.

La majorité de ces particules était des fibres qui peuvent provenir de diverses sources comme des vêtements, des pneus, des filtres de cigarette ou des filets de pêche. On ignore à l’heure actuelle comment ces microparticules sont ingérées par les tortues mais les pistes les plus probables sont la contamination par l’eau de mer, les sédiments et les proies des tortues, également connues pour confondre les sacs plastiques avec des méduses.

Les conséquences de ces microparticules sur la santé des tortues restent une autre zone d’ombre. « Leur petite taille signifie qu’elles peuvent passer à travers l’intestin sans causer de blocage » contrairement à de plus gros objets, relève le Dr Emily Duncan de l’Université d’Exeter et principal auteur de l’étude. « Cependant, de futures recherches devraient s’intéresser à la façon dont ces microplastiques pourraient affecter les organismes aquatiques de façon plus subtile ».

La spécialiste poursuit dans un communiqué : « Par exemple, elles pourraient potentiellement transporter des polluants, des bactéries ou des virus, ou elles pourraient affecter la tortue à un niveau cellulaire ou sous-cellulaire ». Et de précédentes recherches ont montré que les tortues ne sont pas les seules espèces contaminées par ces particules.

D’autres espèces marines affectées

« Au cours de nos recherches au fil des années, nous avons trouvé des microplastiques dans presque toutes les espèces d’animaux marins étudiées, du minuscule zooplancton à la base de la chaîne alimentaire marine jusqu’aux larves de poissons, aux dauphins et maintenant aux tortues », souligné le Dr Pénélope Lindeque, du Laboratoire marin de Plymouth.

D’autres travaux ont abouti à des découvertes similaires sur les oiseaux marins et plus récemment sur les coquilles Saint-Jacques. Ces dernières seraient capables d’ingérer des milliards de nanoparticules de plastique qui se disperseraient en seulement quelques heures dans leur organisme pour y rester durant plusieurs semaines.

« Cette étude fournit davantage de preuves que nous devons tous aider à réduire la quantité de déchets plastiques relâchés dans les océans afin de maintenir des océans propres, sains et productifs pour les futures générations », conclut le Dr Lindeque.