Pollution sonore : dans la Manche, les poissons vivent dans une « discothèque permanente »

Dans la Manche, mais aussi dans tous les océans de la planète, les poissons vivent dans une sorte de discothèque permanente. Les cargos et les industries sont en cause.

Le Fonds International pour la Protection des Animaux  (IFAW ou International Fund for Animal Welfare en anglais) est une organisation non gouvernementale (ONG) de protection animale dotée du statut « consultatif spécial » auprès du Conseil économique et social des Nations Unies. Cette ONG milite depuis bientôt deux ans contre la pollution sonore dans les mers et les océans.

Les activités humaines au-dessus et en-dessous de la surface de la mer, en expansion depuis une vingtaine d’années, créent une cacophonie douloureusement supportée par les espèces marines, du mollusque à la baleine bleue.

Aurore Morin, chargée de campagne conservation marine, pour IFAW France, détaille ces problèmes de pollution sonore dans les mers et les océans, un fléau peu connu du grand public.

Normandie-actu : D’où provient la pollution sonore dans les océans ?

Aurore Morin : La pollution sonore sous l’eau est créée par les milliers de navires qui parcourent les océans chaque jour ainsi que par les explosions liées à la prospection sismique pour la recherche de gaz et de pétrole ou encore à la construction offshore.

Sous les mers et les océans, le bruit des navires provoque une sorte de bruit ambiant, un brouillard acoustique constant. Les travaux de construction offshore ou les explosions pour le gaz et le pétrole vont plutôt créer des bruits intempestifs.

C’est comme si, aux quatre coins du globe, les animaux marins vivaient dans une discothèque permanente, une sorte de gigantesque boîte de nuit où ils ne peuvent pas baisser le volume.

Quels sont les animaux les plus touchés ?

C’est un véritable problème pour les mammifères marins qui utilisent les bruits pour mener à bien leurs fonctions vitales : s’orienter, chasser et se retrouver entre eux. Auparavant, les baleines pouvaient communiquer d’océan à océan, aujourd’hui ce n’est plus possible. Les sources de bruits intempestives peuvent aussi perforer les tympans et provoquer des lésions internes, ce qui peut engendrer la mort des animaux.

Même s’il est difficile d’analyser un échouage car il peut toujours être multifactoriel, des autopsies pratiquées sur des baleines à bec de Cuvier échouées dans les Bahamas en 2002 ont permis d’établir un lien de causalité clair entre ces échouages et l’utilisation de sonars militaires à haute intensité.

La flotte marchande a doublé depuis les années 80

Une autre étude a montré, après les attentats du 11 septembre 2001, que les déjections des baleines observaient une baisse d’hormones de stress. Le lien a été fait avec l’énorme chute du trafic maritime mondial vécue après les attentats.

Les bruits des activités humaines ont aussi des impacts sur les autres espèces sous-marines : poulpes, poissons, crustacés… Une récente étude scientifique a même détecté des incidences sur les coraux. S’il existe plusieurs études scientifiques sur les conséquences de ces bruits sur les espèces sous-marines, nous avons encore des nombreuses lacunes pour connaître le seuil du bruit à ne pas dépasser. Un grand pan de la recherche est encore à faire.

La pollution sonore dans les océans et les mers a-t-elle toujours existé ? 

Non, mais depuis les années 80, la flotte marchande mondiale a doublé, de même que les activités humaines. Aujourd’hui, 90% du fret mondial est transporté par bateau !

Cela fait 50 ans que le niveau sonore des océans monte ! C’est une menace assez méconnue car nous n’entendons pas ce bruit. Ce sont les nombreux échouages des animaux marins qui nous ont donné l’alerte.

Le son se propage sur des milliers de kilomètres sous l’eau

La Manche est une véritable autoroute pour les cargos, la pollution sonore est-elle décuplée ?

Il n’existe pas d’études spécialisées sur des zones géographiques. Mais c’est vrai que la Manche est une autoroute pour les navires, il semble donc assez évident que ce soit une mer très bruyante.

Il faut savoir que l’eau est un formidable vecteur de son. Les sons peuvent alors se propager sur des milliers de kilomètres.

Que faire pour lutter contre la pollution sonore sous-marine ?

Pour l’heure, il n’existe pas de réglementation internationale pour la pollution mais nous militons pour ça ! En 2008, l’Organisation Maritime Internationale (OMI), un organisme des Nations Unies, a publié des lignes directrices pour que les compagnies maritimes réduisent le bruit de leurs navires. Une directive européenne évoque aussi les impacts sonores des activités humaines dans le milieu marin. Mais pour l’heure, il n’y a pas de réglementation.

De notre côté, nous travaillons en direct avec les armateurs des navires, certains sont très sensibles à cette problématique et sont très volontaires. Car avec des hélices et des coques plus adaptés, on peut vraiment faire baisser le son. Réduire la vitesse de 15% des bateaux est également une bonne idée pour diminuer le bruit mais aussi l’émission de gaz à effet de serre et la dépense des carburants.

Allier activités humaines et respect de la faune

On essaie de leur faire comprendre que cela peut être intéressant pour eux. Pour les chantiers offshore, on met en avant des technologies existantes pour réduire le bruit. Par exemple, installer un rideau de bulles tout autour du chantier permet de réduire considérablement le son. L’idée est d’allier la continuité des activités humaines avec la faune et la flore. Que tout le monde puisse cohabiter.

Nous pouvons vraiment agir car contrairement à d’autres formes de pollution marine, lorsque le bruit cesse, la pollution cesse. Alors mettons cette menace en sourdine !

Source : Actu.fr – Publié le 11 mars 2019
Vidéo de une : Youtube

 

 

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