Les bébés marsouins de la Manche absorbent des substances neurotoxiques par le lait de leur mère

Les mammifères marins de la région sont en danger : il ne reste plus que 8 orques au large des côtes anglaises.

Sur les côtes anglaises de la Manche, l’étude de centaines de marsouins échoués a montré des concentrations plus grandes de PCB — des substances hautement toxiques, interdites dans les années 1980, mais qui s’accumulent encore dans les écosystèmes marins — chez les enfants que chez leur mère, incriminant la lactation comme moyen de transmission de ces produits chimiques.

30 ans après l’interdiction, les PCB se déversent encore dans la mer 

Les PCB – ou polychlorobiphényles ­­— sont un ensemble de 209 substances utilisées jusque dans les années 1980 dans les équipements électriques, revêtements de bateaux et peintures, avant d’être interdites. Cependant, les substances chimiques continuent de rejoindre la mer, notamment par déversement depuis la terre ou par dragage, et se retrouvent encore dans les chaînes alimentaires, menaçant les écosystèmes.

Les PCB se retrouvent ainsi au cœur de l’organisme des mammifères marins : une étude publiée début décembre dans Science of the Total Environment, menée par des équipes du Cetacean Strandings Investigation Programme (CSIP) du Zoological Society of London, s’attache pour la première fois à déterminer quels types de PCB sont plus toxiques pour la population des marsouins, et lesquels se retrouvent davantage métabolisés.

Rosie Williams, la principale auteure, explique l’intérêt de distinguer les différents types, ou congénères, de PCB :

« Dans le passé, les chercheurs tendaient à enregistrer les concentrations de PCB en les regroupant et les traitant comme un seul produit chimique, mais comme nous le savons, les PCB sont un groupe de substances avec différents niveaux de toxicité, donc cela se résumait un peu à essayer de mesurer le taux de caféine chez quelqu’un — sans savoir si cette personne avait consommé trois canettes de Red Bull ou trois tasses de thé. Notre étude a mis en évidence le besoin de changer notre approche dans la surveillance des PCB, de regarder à la composition de chaque composé chimique individuel, pour avoir une meilleure vue d’ensemble du risque posé par ces substances sur notre vie marine. »

Cette étude a utilisé la plus large base de données toxicologiques de cétacés jamais construite, en portant ses observations sur un total de 696 marsouins communs, échoués sur les plages de Grande-Bretagne entre 1992 et 2015.

Les PCB se transmettent directement des mères à leur enfant

Cette étude observe pour la première fois les concentrations au sein des lignées de mammifères marins : les chercheurs ont ainsi déterminé que les bébés marsouins avaient des concentrations de certains PCB plus élevées que leur mère, dont l’organisme se débarrasse en les rejetant par la lactation. Celles-ci sont particulièrement toxiques lors du développement cérébral, explique Williams :

« Il y a une ironie tragique dans le fait que les jeunes marsouins sont exposés à ce cocktail toxique de produits chimiques pendant qu’ils se nourrissent — tandis que tout ce qu’ils sont censés recevoir sont les nutriments vitaux dont ils ont besoin aux stades de développement cruciaux de leur vie. »

Williams alerte qu’au vu de l’exposition des mammifères marins aux PCB, identifier les causes de leur entrée dans les océans est vital pour éviter davantage de pollution.

Les plus fortes concentrations se retrouvent chez les odontocètes (ou cétacés à dents), qui se trouvent tout au sommet de la chaîne alimentaire : les substances ont attaqué directement les systèmes immunitaires et reproductifs des animaux, causant un déclin de plusieurs espèces dans diverses régions. Des concentrations avaient déjà, en septembre dernier, été observées chez les dauphins de la Manche.

L’urgence est donc réelle pour les mammifères de la région : « L’étude de l’exposition aux PCB dans des espèces plus abondantes comme les marsouins, aide à prédire les effets sur des espèces plus vulnérables et aux effectifs déjà très réduits ; à l’image de notre population d’orques en Grande-Bretagne qui font face à l’extinction à cause des PCB, avec seulement huit animaux restant. En tant que super-prédateurs, les orques sont exposées aux niveaux de PCB les plus élevés, parce que les effets s’accumulent à mesure que vous remontez la chaîne alimentaire », explique Williams.

Vous pouvez retrouver l’étude complète ici.

Source : Le Daily Geek Show – Publié le 20.12.19
Photo de une : Paula Olson, NOAA ~ fr.wikipedia.org

 

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