Vers la fin programmée des delphinariums en France

Le 29 septembre 2020, Madame Barbara Pompili – Ministre  de la Transition écologique et solidaire – a annoncé, entres autres mesures relatives au bien-être animal, la fin progressive de la présence d’orques et dauphins dans les delphinariums français (1).

 

Les mesures concernant plus spécifiquement les delphinariums sont les suivantes :

(1) Les delphinariums concernés sont ceux situés en Métropole : le parc Astérix à Plailly (60), Planète Sauvage (44) et Marineland (06).

 

Réseau-Cétacés ne peut que se réjouir de ces mesures même si le travail est loin d’être terminé… A ce sujet, notre équipe reste en contact régulier avec le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire en vue notamment :

  1. que le Gouvernement officialise ces mesures par le biais d’un texte réglementaire
  2. de trouver des solutions de placement pour les 32 cétacés captifs en France (28 dauphins et 4 orques)

Comment le gouvernement français en est arrivé là et quel a été le travail de Réseau-Cétacés sur la problématique delphinariums ?

Réseau-Cétacés existe depuis 1989 et n’a eu de cesse d’alerter les médias, le public et le gouvernement sur la condition des cétacés captifs, et ce par différents biais. Vous aurez un bon aperçu des actions, en ce sens et plus récentes, de Réseau-Cétacés via #PourUneFranceSansDelphinarium et #LibertéDauphins.

Depuis 2015, Réseau-Cétacés a régulièrement été invité à débattre du devenir des delphinariums en France et a participé aux groupes de travail ministériels réunissant d’autres associations, responsables des delphinariums et membres du gouvernement.

Concernant le dossier « delphinariums », nous avons porté et argumenté les demandes suivantes :

  • le non-renouvellement des populations de cétacés captifs : arrêt de la reproduction en bassin, interdiction d’importer de nouveaux individus en bassin. Ce qui conduit inévitablement à la fermeture ou la reconversion des delphinariums.
  • le placement des cétacés captifs dans des sanctuaires : baies protégées en mer où ils pourront couler une « retraite » paisible, sans spectacles.

Quelques dates clés :

2015 : un dialogue plus régulier s’installe entre Réseau-Cétacés et le gouvernement. Sous l’impulsion notamment de Mesdames Laurence Abeille et Geneviève Gaillard, alors Députées, une 1ère réunion s’est tenue en avril 2015, en leur compagnie afin de faire le point sur la problématique « delphinariums ».

3 mai 2016 : Réseau-Cétacés, ainsi que plusieurs autres associations françaises de protection animale, sont convoquées à une autre réunion – au sein du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. Plusieurs représentants du gouvernement, des delphinariums et zoos sont également présents. Un 1er projet d’arrêté est, d’entrée de jeu, présenté pour abroger le texte archaïque du 24 août 1981 réglementant les delphinariums. Ce nouveau texte prévoit l’interdiction de reproduction des orques captives ainsi que quelques « mesures détails » telles que des travaux d’agrandissement des bassins, la traçabilité des animaux détenus etc…

Suite à cela, nous sommes invités à d’autres réunions – en plus petit comité – où nous pouvons étayer notre argumentaire en vue de faire interdire, également, la reproduction des grands dauphins. A ce stade, nous n’obtenons pas gain de cause et Réseau-Cétacés se désolidarise de ce projet d’arrêté insatisfaisant auquel nous ne voulons absolument pas être associés. Nous signifions ce retrait et ses raisons en écrivant à Madame Ségolène Royal, alors Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire.

3 mai 2017 : Madame Ségolène Royal prend un arrêté qui interdit la reproduction des orques captives mais également la reproduction des grands dauphins ! Il faudra très peu de temps pour que les delphinariums français attaquent cette décision devant le Conseil d’Etat.

2 août 2017 : audience de référé devant le Conseil d’Etat, Réseau-Cétacés dépose alors officiellement un mémoire en intervention défense. Entre autres mesures, le Conseil d’Etat maintient, dans un 1er temps, l’interdiction de reproduction des grands dauphins.

12 janvier 2018 : audience au fond devant le Conseil d’Etat. Réseau-Cétacés – représenté par le Cabinet Baraduc, Duhamel, Rameix Avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation – assiste à l’audience en ayant déposé, au préalable, un nouveau mémoire en intervention défense.

29 janvier 2018 : le Conseil d’Etat annule l’arrêté Royal en estimant que l’interdiction de reproduction des grands dauphins a été ajoutée au texte, après que celui-ci ait été présenté aux deux commissions compétentes et après présentation au public… Ceci constitue, selon le Conseil d’Etat, un vice de procédure.

26 juillet 2018 : suite à l’annulation de l’arrêté, notre équipe est reçue par les équipes de Nicolas Hulot, alors Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire. Un rendez-vous qui a permis aux associations reçues ce jour là de présenter des solutions concrètes et viables en vue d’un nouvel arrêté défavorable aux delphinariums et aussi ambitieux que le précédent.

Mai – juillet 2019 : Réseau-Cétacés est officiellement invité à rejoindre le Groupe de travail sur le bien-être animal, initié par François De Rugy, alors Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire. Entre le mois de mai et le mois de juillet, notre équipe est intégrée au sous-groupe traitant de la partie delphinariums. Nous participons alors à 4 réunions en compagnie des représentants des delphinariums et des représentants du Gouvernement. Réseau-Cétacés a fourni – tout au long des débats – plusieurs contributions (mémoire sur la contraception, mémoire relatant les soucis dentaires des orques captives etc…). Le 3 juillet – lors de la dernière réunion –  nous remettons un rapport global de 42 pages – réalisé avec nos équipes juridiques et scientifiques. Ce rapport démontre – de manière juridique, technique et scientifique – que la place d’un cétacé n’est pas dans un bassin. Pour la partie scientifique, il se base – notamment – sur plus de 30 publications dont les auteurs sont d’éminents spécialistes.

30 août 2019 : Réseau-Cétacés, ainsi que 16 autres associations de protection animale, sont invitées à une réunion initiée par Madame Elisabeth Borne, nouvelle Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire. Nous profitons de cette occasion pour nous entretenir quelques minutes en privé avec Madame la Ministre et lui remettre, de nouveau en main propre, notre dossier juridique et scientifique. De cette réunion devait découler un plan d’action pour le bien-être de la faune sauvage captive, à l’automne 2019, ce qui n’a pas été le cas.

29 septembre 2020 : sans transition, Madame Barbara Pompili – nouvelle Ministre – annonces les mesures évoquées en introduction de cet article. A ce stade, il ne s’agit que de mesures qui doivent encore être officialisées par le biais d’un texte réglementaire (loi, arrêté ou décret).

Quel avenir pour les cétacés captifs, où vont-ils être transférés ? 

Réseau-Cétacés reste fidèle à sa demande initiale : nous voulons que les cétacés actuellement captifs, en France, soit transférés vers des sanctuaires : des baies protégées, en mer, où ils pourrons « couler des jours heureux » avec beaucoup plus d’espace et sans spectacles. Si certains d’entre eux sont réhabilitables – c’est à dire potentiellement candidats à être relâchés totalement en milieu naturel – cette solution sera bien sûr à envisager. Mais nous avons conscience qu’une orque comme Inouk – totalement édenté – ou qu’une dauphine comme Femke – atteinte du Syndrôme de Cushing – ne pourront jamais être relâchés en mer et devront être déplacés dans un sanctuaire.

A l’heure où nous écrivons ces lignes (début décembre 2020), 2 sanctuaires existent dans le Monde :

  • En Islande, baie de Klettsvik : le Beluga Whale Sanctuary (le « Sanctuaire des Bélugas ») – ouvert en 2019, il accueille – depuis août 2020 – 2 bélugas femelles – Little White et Little Grey – qui ont été transférées du  Changfeng Oceanworld Aquarium (Shanghai, Chine). La particularité de ce sanctuaire c’est 1) qu’il a été initié et financé par Sea Life (industrie de la captivité) en partenariat avec le WDC (ONG britannique dédiée à la protection des cétacés) 2) qu’il est destiné à accueillir des bélugas uniquement.

  • A Bali : le Bali Dolphin Sanctuary  (le « Sanctuaire des dauphins de Bali ») – qui accueille, depuis 2019, 3 grands dauphins qui étaient détenus dans un hôtel balinais. La particularité de ce sanctuaire est qu’il fonctionne grâce à une ONG locale – Jakarta Animal Aid Network – mais aussi grâce au soutien du Dolphin Project dont le leader est le célèbre Ric O’Barry, ancien dresseur pour la série « Flipper le dauphin » reconverti, ensuite, en défenseur des cétacés.

3 autres projets sont sur le point de voir le jour :

  • En Italie, Tarante : le « Taranto Dolphin Sanctuary » (le « Sanctuaire des dauphins de Tarante ») : fondé, là encore, par le Dolphin Project et l’équipe de biologistes du Jonian Dolphin Conservation.

Photo : dolphinfreedomUK

 

Photo : Whale Sanctuary Project

 

Participation au 5ème Festival des Mondes sous-marins, Trébeurden (22), les 17 & 18 octobre 2020
4ème intervention au centre de loisirs Delerue, Montrouge (92) ~ Le 26 août 2020

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