De multiples actions contre la pollution plastique des océans

La pollution plastique a des impacts colossaux qu’il reste encore à quantifier. De nombreux acteurs dont l’Office français de la biodiversité (OFB) se mobilisent pour surveiller et lutter contre cette pollution.

Chaque année, 8 à 12 millions de tonnes de plastique arriveraient dans les océans. La quantité de débris flottant en surface est estimée, elle, à 300 000 tonnes. Cela veut dire que 99 % du plastique déversé dans les océans est manquant. «On quantifie bien ce qui est en surface, on connaît les fonds, mais par contre la colonne d’eau est très difficile d’accès pour les observations, souligne Ika Paul-Pont, chercheuse au CNRS. Nous ne savons pas où est ce plastique. »

En revanche les conséquences de cette pollution sur la biodiversité sont connues. Les images de tortues, d’oiseaux et de mammifères marins piégés, étouffés ou morts d’avoir ingéré du plastique sont largement diffusées. «Ce n’est que le sommet de l’iceberg, prévient la scientifique. Les plus dangereux ce sont les microplastiques.» Ils représentent 90 % des débris plastique en mer et tous les océans du globe sont touchés.

«Nous avons pu étudier en laboratoire l’impact des microplastiques sur les huîtres. Exposées pendant deux mois, elles ont produit quasiment 30 % de gamètes en moins et le taux d’éclosion a été réduit de 40 %. Ce sont des effets très forts auxquels on ne s’attendait pas», détaille Ika Paul-Pont. Ils sont également très rapidement colonisés par des myriades de micro-organismes, bactéries, virus ou invertébrés.  Le vrai danger est là, résume-t-elle, la toxicité, le transport d’espèces potentiellement nuisibles et d’agents pathogènes.»

Les données scientifiques de plus en plus nombreuses

La pollution plastique est suivie de près dans le cadre de la directive-cadre stratégie pour le milieu marin (DCSMM). «Un travail assez intensif a été réalisé ces dernières années et il a permis de progresser fortement sur la description et l’état de l’environnement marin», souligne Pierre-François Staub, chargé de mission pollutions chimiques des écosystèmes à l’OFB.

Pour commencer à traiter cette pollution, le Plan d’actions zéro plastique en mer a été initié par l’État. Avec 35 mesures, il mobilise les agences de l’eau et l’Ademe qui doivent notamment prévenir les pollutions au plastique en amont et lutter contre sa présence dans les cours d’eau et les eaux usées et pluviales. Des suivis sont également déployés pour suivre cette pollution.

 Au large, la plupart des données sont collectées depuis les campagnes d’évaluation des stocks halieutiques de l’Ifremer. À la côte, les agents des parcs naturels marins contribuent pour beaucoup à la surveillance des déchets. «Nous allons pouvoir dégager des tendances et à terme évaluer l’efficacité des mesures de réduction des déchets plastique», détaille Sophie Beauvais, chargée de mission à l’OFB.

L’exemple du parc naturel marin d’Iroise

Un projet européen Interreg baptisé Preventing plastic pollution traque le plastique de sa source jusqu’à la mer sur sept sites pilotes, dont deux à la pointe du Finistère, dans le parc naturel marin d’Iroise. «Nous voulons voir comment on peut réduire cette pollution et faire changer les comportements sur l’utilisation du plastique à l’échelle du bassin-versant», détaille Patrick Pouline, chargé de mission qualité de l’eau du parc.

Un travail de connaissance sur l’origine des macrodéchets est mené, ainsi qu’un travail de collecte dans des zones difficiles d’accès : falaises, îlots, zones portuaires sous-marines. Pour autant, en Iroise, il est établi qu’une part conséquente des déchets plastique retrouvés sur les côtes provient des activités maritimes. «Nous avons bien conscience qu’au-delà de ces collectes, il faut agir sur le fond c’est pour cela que nous avons entrepris un travail de sensibilisation des futurs patrons pêcheurs au lycée maritime».

Un travail de sensibilisation qui est pratiqué par l’ensemble des parcs naturels marins.

«Tous les parcs développent des actions pour prévenir ou lutter contre les déchets, pointe Patrick Pouline. Cela montre que c’est un véritable enjeu aujourd’hui pour les gestionnaires d’aires marines protégées (AMP). »

Ramasser les filets de pêche perdus en Méditerranée

L’Office français de la biodiversité coordonne également le programme Ghostmed qui recense les engins de pêche perdus en Méditerranée – souvent des filets de pêche en plastique – et oriente les opérations de retrait. En cinq ans, il a permis de créer plusieurs outils pour signaler et étudier le retrait d’un engin de pêche perdu ainsi qu’une carte interactive des positions d’engins abandonnés. Grâce à différentes initiatives (associations, gestionnaires d’AMP, clubs de plongée, Institut méditerranéen d’océanologie, OFB), 127 filets ont ainsi déjà été retirés. Une carte interactive permet de rendre compte des types de sites où ils ont été trouvés.

Capture d’écran de la carte du programme Ghostmed, coordonné par l’Office français de la biodiversité (Image : programme Ghostmed)

Localisation des sites où des filets de pêche ont été retirés dans le cadre du programme Ghostmed. L’intensité du rouge correspond à la profondeur à laquelle l’opération a été effectuée.

Source: Le Marin – Publié le 05.03.2021
Vidéo de Une: Office Français de la Biodiversité

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