La première baleine noire de l’année arrive dans le golfe du Saint-Laurent

Pêches et Océans Canada vient de repérer la première baleine noire de l’année dans le golfe du Saint-Laurent. Cette situation entraîne la fermeture d’une première zone de pêche, afin de protéger cette espèce menacée, qui fréquente plus que jamais les eaux canadiennes.

La première baleine noire de l’année 2021 a été photographiée par un avion de surveillance au nord-est des Îles-de-la-Madeleine ce dimanche, a précisé Pêches et Océans Canada (MPO) par courriel. Cette première observation devrait être suivie de dizaines d’autres dans les prochaines semaines. À titre de comparaison, le tiers de la population a été vu dans le golfe l’an dernier, soit 124 bêtes sur les 366 que compte cette espèce très précaire.

Carte interactive des dernières détections de baleines noires.

L’arrivée de cette première baleine noire, solitaire, a forcé les autorités à fermer une première zone de pêche au crabe des neiges. Tout comme dans les trois dernières années, Pêches et Océans Canada et Transports Canada ont en effet prévu des mesures pour s’attaquer aux principales causes de mortalité de cette espèce : les empêtrements dans les engins de pêche et les collisions avec les navires.

La protection des baleines noires signifie ainsi que le fédéral impose des mesures pour réduire les risques que représentent les engins de pêche, comme les câbles des casiers de homards ou les engins de pêche au crabe des neiges. Si une baleine noire est détectée dans un secteur de pêche, une zone de 2000 km² sera fermée de façon « temporaire » pendant 15 jours. Si la baleine demeure dans le secteur, la zone pourra alors être fermée pour tout le reste de la saison. L’an dernier, un total de 175 zones ont ainsi été fermées, entre mai et septembre.

Limite de vitesse

Il est par ailleurs prévu d’imposer dès le 28 avril, dans le golfe, une limite de vitesse aux navires qui entrent dans le Saint-Laurent pour se rendre, par exemple, jusqu’à Québec et Montréal.

Les navires pourront toutefois bénéficier d’un corridor pour circuler « à une vitesse opérationnelle normale », à moins qu’une baleine noire soit repérée dans ce corridor. Dans ce cas, une limite de vitesse sera imposée pendant 15 jours.

Dans les zones où une limite de vitesse obligatoire sera imposée, le fédéral se réserve le droit d’imposer une amende aux navires fautifs. En 2020, quatre amendes ont ainsi été distribuées, sur un total de 512 navires ayant dépassé la limite imposée de 10 nœuds (18 km/h).

Protéger les pêches

Au-delà de la possibilité d’éviter la disparition de la baleine noire, qui accuse un fort déclin depuis quelques années, ces mesures de protection sans précédent pour une espèce de cétacé dans le Saint-Laurent sont aussi nécessaires pour protéger l’accès à un marché américain pour les pêcheurs, notamment pour le crabe des neiges et le homard.

Les mortalités de baleines noires menacent en effet l’accès à ce marché. La législation américaine Marine Mammal Protection Act impose à l’industrie de la pêche, des États-Unis ou d’ailleurs, de démontrer que ses activités ne mettent pas en péril les mammifères marins. Si cette démonstration n’est pas faite, les Américains sont en droit de « bannir les importations » des produits de la pêche.

Les mesures de protection imposées par le gouvernement fédéral résultent d’ailleurs d’épisodes de mortalités exceptionnelles de baleines noires au cours des dernières années. En 2017, pas moins de 17 individus adultes ont été retrouvés morts, dont 12 dans les eaux canadiennes. Un total de 10 baleines noires sont mortes en 2019, dont une femelle qui s’était empêtrée à au moins quatre reprises en 15 ans.

Déclin

Alors que les évaluations de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) faisaient état en 2019 d’une population d’environ 400 bêtes, le plus récent bilan estime qu’il ne subsiste pas plus que 366 baleines noires dans l’Atlantique Nord.

Cela comprend moins de 100 femelles en âge de se reproduire, ce qui est de mauvais augure, en raison du rythme de reproduction relativement lent de ce cétacé. « Les femelles donnent naissance à un seul baleineau à la fois, à partir de l’âge de dix ans, en moyenne », et on peut compter plusieurs années entre chaque naissance, selon le Comité sur la situation des espèces en péril du gouvernement du Canada. Cette année, la saison des naissances a donné lieu à 17 nouveaux baleineaux, dont deux sont déjà morts.

Selon les chercheurs du New England Aquarium, qui étudie l’espèce depuis plus de 30 ans, il est aussi possible que des femelles qui ont subi un empêtrement dans des engins de pêche ne soient pas en mesure de se reproduire, en raison des répercussions importantes sur leur condition physique. Plus de 80 % des adultes de l’espèce portent des marques d’empêtrements.

Pour les scientifiques, les mauvaises nouvelles des dernières années sont d’autant plus inquiétantes que les efforts des dernières décennies ont démontré qu’il était possible de faire croître la population. On ne comptait que 275 individus au début des années 1990. Mais grâce à des mesures de protection importantes mises en place dans les eaux américaines, dont des modifications des routes de navigation, des règles pour la pêche commerciale ainsi qu’un système de surveillance, la population avait atteint 500 individus en 2010.

Une « baleine urbaine »

La baleine noire peut atteindre une taille de 18 mètres, pour un poids de plus de 60 tonnes. Chaque individu est reconnaissable aux taches blanches uniques qu’il porte sur la tête, appelées callosités. Il s’agit d’une espèce qui se nourrit essentiellement de copépodes, de petits crustacés qu’elle filtre à l’aide de ses fanons.La baleine noire est parfois qualifiée de « baleine urbaine », puisqu’elle vit près des côtes, notamment lors de la période de mise bas, au large des États américains de la Géorgie et de la Floride. Cela la rend particulièrement vulnérable aux collisions avec les navires et aux empêtrements dans les engins de pêche.

La baleine noire, appelée Right Whale en anglais, a été décimée par des siècles de chasse commerciale. Elle était une cible privilégiée pour les baleiniers, puisqu’elle flotte une fois morte et qu’elle fournit une bonne quantité de graisse, cette matière qui était fondue pour produire de l’huile.

Source : Le Devoir – Publié le 27.04.2021
Image de Une : Wikipédia
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