[ 🇬🇧 Traduction – Chez les bélugas, la famille et la culture passent en premier ]

De nouvelles découvertes issues d’une étude menée sur des bélugas sur une période de trente-deux années montrent l’importance accordée par ces animaux à la culture et aux liens familiaux.

Ce que les scientifiques nomment culture n’est pas simplement la façon de se comporter en société (même si les bélugas l’enseignent certainement à leurs enfants) mais l’instruction reçue en famille, et la façon de la transmettre de génération en génération. Nous autres humains la dispensons à grande échelle, mais nous sommes loin d’être les seuls. On en apprend, en effet, toujours plus sur d’autres espèces animales, qui sont dotées de cultures enracinées basées sur un apprentissage social.

La nouvelle étude s’est focalisée sur les chemins migratoires empruntés, de 1978 à 2010, par des populations de bélugas, dans le Golfe d’Alaska, et les mers de Béring, de Tchouktches, de Beaufort, et d’Oktosk. Les conclusions ont dévoilé que les bélugas qui étaient unis par des liens familiaux revenaient aux mêmes endroits, d’année en année, et même de génération en génération.

Les bélugas résident dans les eaux arctiques et subarctiques, et voyagent généralement sur des distances pouvant atteindre 6000 km par an, en alternant les hivers et les étés dans différents lieux, tout en élevant leurs enfants. L’été, ces animaux extrêmement sociaux se réunissent souvent en groupes importants avoisinant les milliers d’individus, afin de passer du temps ensemble, près de la côte.

Des aptitudes cognitives ultra perfectionnées

Leur répertoire vocal extrêmement riche et varié, ainsi que leurs systèmes acoustiques, dont l’écholocalisation, laissent supposer que ces animaux sont capables de tisser des liens relationnels extrêmement complexes au sein de groupes importants. Soulignons qu’il a toujours été très difficile de les étudier dans la nature. C’est alors qu’en 1978, des scientifiques ont commencé une étude poussée, comprenant des prélèvements génétiques, consistant à suivre sur plusieurs années pas moins de 1647 bélugas.

« Ce qui nous intriguait le plus était de savoir pourquoi certains bélugas retournaient sur leur lieu de naissance, ou là où ils avaient grandi, et s’il s’agissait là d’un comportement héréditaire », écrit le professeur Greg O’Corry-Crowe, l’auteur principal, chercheur à l’institut Harbor Branch Oceanographic de la Florida Atlantic University. « La seule façon de répondre définitivement à ces questions était de trouver des bélugas étroitement apparentés et de les suivre d’une année et d’une décennie sur l’autre. »

Greg O’Corry-Crowe et son équipe ont conclu que d’une génération à l’autre, les bélugas avaient transmis leurs connaissances sur leurs voyages et sur les routes migratoires.

Bien sûr, de nombreuses autres espèces migrent chaque année sur des milliers de kilomètres, en faisant des allers et des retours. Alors quelle est la particularité des bélugas ?

« Beaucoup d’autres animaux migrent effectivement chaque année, » explique Lori Marino, Présidente du Whale Sanctuary Project. « La plupart d’entre eux le font en utilisant des repères environnementaux (le jour et la nuit, les substances chimiques, le magnétisme, etc…). Mais ce qui rend extrêmement intéressant les migrations des bélugas, c’est le fait qu’ils s’appuient sur un apprentissage social transmis par la mère à l’enfant. Et cela constitue la base de la culture. Les bélugas ne sont pas seulement une espèce migratoire ; ils sont une culture migratoire. »

L’apprentissage de leur culture

La nouvelle étude montre également comment de jeunes bélugas, alors qu’ils avaient été observés seuls, ont par la suite créé des liens amicaux avec des humains. Tel fut le cas de la célèbre baleine blanche Wilma, une orpheline devenue l’amie des pêcheurs et des touristes dans la baie de Chedabouctou, en Nouvelle-Écosse. Catherine Kinsman, Présidente du Whale Stewardship Project, a été autorisée par le gouvernement à veiller sur Wilma.

« Les gens demandent toujours comment cette petite baleine blanche s’est retrouvée ici, et pourquoi elle n’est pas tout simplement rentrée chez elle ? », raconte-elle. « L’explication la plus plausible est que ces jeunes bélugas, souvent âgés de deux ans à peine, sont séparés de leur famille, se perdent et sont incapables de se situer par rapport à chez eux, et ne savent pas rentrer. »

Tout comme chez les humains, il faut de nombreuses années aux jeunes bélugas pour faire l’apprentissage de leur culture. Les baleines blanches trop jeunes ne peuvent pas connaître toutes les routes migratoires, tout comme un humain âgé de deux ans aurait du mal à quitter sa maison pour se rendre au magasin puis rentrer chez lui.

Il peut sembler davantage remarquable que n’importe quel béluga puisse apprendre à nager sur des milliers de kilomètres par an, pour se rendre et repartir d’un lieu où il se nourrit, où il se reproduit, et où il se regroupe en masse. Mais Catherine Kinsman (qui n’a pas pris part à l’étude) soutient que ce que les humains voient comme un environnement océanique vaste et homogène, est perçu tout autrement par un béluga.

« Ils possèdent de vastes et extraordinaires facultés d’écholocalisation, et une habilité pour détecter et différencier les tailles, les formes et les consistances », rappelle-t-elle. « Pour un béluga, les fonds sableux océaniques de tel endroit « apparaissent » (ou plutôt résonnent) tout autrement par rapport à ceux d’un autre lieu. »

Cette nouvelle étude marque une différence dans la manière de mener des recherches scientifiques sur des bélugas, et comment nous pouvons les protéger dans la nature. Intéresse-t-elle les bélugas détenus dans les aquariums ou les parcs marins ?

« Dans la nature, » explique Catherine Kinsman, « la culture des bélugas permet à chaque bébé d’apprendre, de grandir et de se développer au sein d’une société extrêmement élaborée. » Mais la vie dans un environnement totalement artificiel éteint leur capacité d’apprentissage. « Les bassins en béton stériles les poussent à limiter, voire même à mettre en sourdine leurs bavardages extraordinaires. Ils apprennent à produire un substitut atrophié pour remplacer le large éventail d’expressions sonores propres à tout béluga. »

Que peuvent espérer apprendre ces supers cerveaux, intellectuellement et culturellement évolués, en grandissant dans des bassins en béton ? S’ils sont contraints de survivre dans des conditions totalement artificielles, rien qu’un autre béluga captif ne puisse leur montrer, ou qu’ils ne puissent apprendre par eux-mêmes.

Au bout du compte, si l’on regarde les cétacés qu’on a plongés dans l’industrie du divertissement, on dresse toujours le même constat. Plus on en apprend sur eux, plus on réalise que leur place est dans la nature, avec leur famille, et non dans des bassins étriqués à exécuter des numéros de cirque, en échange de nourriture.

© Traduction française par Chiara Colombo et David Delpouy pour Réseau-Cétacés

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Source : Un article de Michael Mountain Publié le 27 avril 2018 sur le site du Whale Sanctuary Project
Vidéo de une : National Geographic

 

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