Indonésie : des dauphins confisqués au Melka Hotel

Traduction de David Delpouy, pour Réseau-Cétacés, d’un article de Femke den Haas publié – le 7 août 2019 – sur le site du Dolphin Project.

Deux dauphins qui étaient détenus depuis des années dans des piscines chlorées, et qu’on obligeait à interagir avec des touristes prêts à payer, nagent aujourd’hui dans de l’eau de mer naturelle. Et ils ne seront pas les derniers.

Avec le concours de ses partenaires locaux, du Central Jakarta Forestry Department et du Jakarta Animal Aid Network (JAAN), le Dolphin Project a réussi à confisquer les deux cétacés, nommés Rocky et Rambo, ainsi que de nombreux autres animaux souffrant dans des conditions déplorables. Deux cétacés encore présents seront prochainement confisqués.

« Nous nous sommes rendus pour la première fois au Melka Hotel en 2010, après l’avoir découvert à l’occasion du tournage de Blood Dolphin$. Nous avons depuis travaillé sur une campagne visant à sortir les animaux de cet endroit. » ~ Lincoln O’Barry, membre du Dolphin Project.

Le contexte

Jour après jour, semaine après semaine et mois après mois, cinq grands dauphins étaient exploités à des fins lucratives au Melka Excelsior Hotel de Lovina, situé au nord de Bali, en Indonésie. Les mammifères étaient forcés à performer dans des conditions pitoyables, à enchaîner les numéros, harcelés par les touristes lors de séances de nage avec des dauphins, et utilisés dans des programmes de « delphinothérapie ». D’autres animaux, constituant un mini-zoo à l’intérieur de l’hôtel, étaient détenus dans des cages en béton et en acier, en pleine obscurité.

Après avoir reçu plusieurs plaintes au sujet du Melka Excelsior Hotel, le Central Jakarta Forestry Department a demandé à notre équipe de mener une enquête. Après l’examen de notre rapport par Mme Indra Exploitasia, la directrice de Biodiversity Conservation and Directorate General of Natural Resources and Ecosystem Conservation, le ministère de l’Environnement et des Forêts a demandé la confiscation immédiate de tous les animaux. Ces derniers comprenaient trois crocodiles de mer, des langurs, plusieurs oiseaux, des serpents et des porcs-épics, ainsi que cinq grands dauphins. Malheureusement, le 3 août dernier, peu de jours avant le sauvetage, l’un des dauphins est décédé.

Le Dolphin Project est heureux d’annoncer qu’à ce jour la majorité des animaux sauvages a été déplacée, et est en cours de réhabilitation et d’une éventuelle libération.

L’équipe du Dolphin Project travaille sur le terrain depuis des années pour mettre un terme à l’exploitation des dauphins en Indonésie. Dans le cadre de notre campagne Free Bali Dolphins, nous avons mis en place un projet ambitieux visant à mettre fin à ces activités d’exploitation. Il comprend la réalisation de graffitis et de l’art urbain , des panneaux d’affichage électroniques dans toute l’Indonésie, des publicités numériques à l’aéroport de Bali, et un spectacle de marionnettes itinérant à vocation éducative. Du plaidoyer contre les cirques itinérants populaires, jusqu’à la sensibilisation sur l’importance de préserver la faune marine, pour ouvrir les yeux des touristes sur la souffrance des dauphins captifs, nous restons attachés à leur bien-être et à leur protection. Toutes les structures accueillant des dauphins captifs à Bali ont été fermées, à l’exception du Dolphin Lodge.

La confiscation

La veille de la confiscation des animaux, notre équipe composée de quinze personnes, comprenant Ric O’Barry, le fondateur et directeur du Dolphin Project, quatre vétérinaires (dont un expert en mammifères marins), des membres du Central Jakarta Forestry Department et des services de police de Bali, ainsi que des biologistes et des vidéastes, a procédé à un examen médical de tous les animaux. Des préparatifs ont également été organisés en vue de la procédure de confiscation, notamment le marquage par micropuce, une étape importante pour s’assurer que les mammifères ne seront pas recapturés.

Le lendemain, quatre camions ont vidé le Melka Excelsior Hotel de sa faune sauvage. Les dauphins ont été amenés au Dolphin Lodge de Bali, où ils débuteront leur réhabilitation et évaluation en vue d’une éventuelle libération. Les autres animaux ont été conduits au Bali Zoo et au Safari Park de Bali, les deux structures faisant office de maisons de transition. Le Camp Lumba Lumba (le premier centre permanent au monde dédié à la réhabilitation et à la remise en liberté de dauphins sauvages à Kemujan, dans l’archipel de Karimun Jawa, ayant été construit par le Dolphin Project et son équipe locale) n’était pas une option pour héberger les dauphins, en raison de la distance les séparant. La structure a été conçue comme un centre de libération rapide, et non comme un sanctuaire de retraite. Les dauphins ont été transportés par camion durant cinq heures, avant d’être relâchés dans l’enclos marin.

Presque instantanément, l’équipe a constaté la joie des dauphins quand ces derniers nageaient affranchis des murs en béton. Depuis leur capture, c’était la première fois qu’ils expérimentaient le mouvement marin naturel, et leur exaltation sautait réellement aux yeux. L’un des mammifères a même commencé à se mettre en quête de poissons !

« Le JAAN et le Dolphin Project travaillent à la réalisation de cet objectif depuis des années. C’est devenu une réalité. C’est incroyable ce qui peut être accompli par la coopération. Par la force de la « coopération », notre objectif est de créer en Indonésie un modèle mondial de sanctuaire pour les dauphins. » ~ Richard O’Barry

Prochaines étapes

Dans les prochaines semaines, le Dolphin Project déterminera les éventuels emplacements pour établir un centre de retraite permanent, et jugera, si parmi les dauphins secourus, des individus seront susceptibles d’être libérés.

« Je suis heureuse de partager ce premier jour de retour de Rocky et Rambo dans l’océan ! Ils ont été détenus si longtemps dans une piscine chlorée au nord de Bali, à peine nourris de petites bouchées au cours des sept spectacles quotidiens. J’ai été autorisée à leur jeter du poisson frais en quantité raisonnable. Deux vétérinaires et Ric ont évalué l’appétit des dauphins et leur capacité à traquer les poissons. Jusqu’à présent, il semble que ces deux-là pourraient être de bons candidats pour une libération définitive. J’effectue mon travail ethnographique de terrain à Fanalei, le dernier village des îles Salomon où l’on chasse encore le dauphin, alors c’était sensationnel de sentir cet élan humain en faveur des dauphins ! » ~ Sarah Meltzoff, professeure d’anthropologie à l’Université de Miami.

Photos : Dolphin Project

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