Pandémie de coronavirus : une mise en garde contre la consommation de viande de cétacé ?

Il est indéniable que la COVID-19 est en passe de devenir la pire pandémie de l’histoire moderne. Cependant, la vérité qui dérange est que nous sommes responsables de la situation actuelle. Notre santé et notre bien-être dépendent du respect des animaux et de leurs habitats. Sans le mépris total de l’homme pour la faune et son exploitation des espèces non humaines, le monde d’aujourd’hui serait bien différent.

Nous savons déjà que la consommation de viande de cétacé est potentiellement nocive pour notre santé – ses effets ont été répertoriés en détail. On connait bien les effets du mercure, du sélénium et d’autres métaux lourds qui s’accumulent, avec le temps, chez les superprédateurs* comme les baleines et les dauphins. À la lumière de la pandémie de coronavirus – dont nous savons qu’elle a été transmise à l’homme suite à l’ingestion de viande d’animaux sauvages – il est plus que jamais important d’attirer l’attention sur les risques majeurs pesant sur notre santé si l’on continue de manger des cétacés.

La majorité des études ont porté sur la contamination par les métaux lourds, mais des informations fourmillent concernant d’autres maladies susceptibles d’être transmises à l’homme en consommant des animaux sauvages, notamment des baleines et des dauphins. Par exemple, en 2017, dans une communauté canadienne, une femme est décédée et sa fille est tombée gravement malade en contractant le botulisme après avoir mangé de la viande et de la graisse de béluga. Au début des années 2000, une communauté entière du sud du Sénégal est également tombée gravement malade après un repas composé à partir d’une baleine à bosse échouée sur la plage.

Rares sont les pays dans lesquels les grands cétacés sont encore tués et consommés. La consommation de dauphins, de baleines et d’autres mammifères marins est illégale dans la plupart des pays. Cependant, dans le monde, plusieurs milliers de dauphins et de petits cétacés sont chassés chaque année pour leur viande. En outre, dans plusieurs pays, les dauphins et les petits cétacés capturés accidentellement dans des filets de pêche, ou échoués sur les plages, sont largement consommés. Le fait de manger de la viande de dauphins retrouvés morts est particulièrement préoccupant, car il est fort probable qu’ils étaient malades de leur vivant. Le fait pour l’homme de se nourrir de leur chair comporte, par conséquent, encore plus de dangers (transmission de bactéries, parasites et virus).

Nous ne sommes que trop conscients de la rapidité avec laquelle les virus sont susceptibles de se propager, et des conséquences dévastatrices qu’ils peuvent engendrer. Lorsqu’ils envisagent les impacts sur le long terme de la COVID-19, et les actions en découlant, les gouvernements doivent penser à la population mondiale, et pas seulement à leurs propres citoyens. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a recommandé la fermeture des « marchés d’animaux sauvages », y compris la vente de « viande de gibier ». Bien que l’attention semble principalement porter sur les espèces terrestres, nous devons veiller à ce que la viande des espèces marines ne soit pas occultée. Le fait de se nourrir de baleines, de dauphins et d’autres mammifères marins peut avoir des conséquences aussi mortelles qu’une consommation d’animaux sauvages terrestres.

Les retombées de la COVID-19 risquent également de pousser les communautés côtières de certains pays en voie de développement à se tourner vers l’océan pour satisfaire leurs besoins en protéines. Bien que la Commission Baleinière Internationale (CBI – l’organisme qui réglemente la chasse à la baleine) ait déjà convenu de mesures pour déterminer les impacts négatifs sur notre santé causés par la consommation de viande de cétacé, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, par exemple, ont appelé à caractériser la consommation de mammifères marins comme une « priorité aux protéines ». Pour l’heure, et plus important encore, dès qu’on y verra plus clair, il est impératif de continuer à souligner le danger très réel des maladies susceptibles d’être transmises à l’homme par d’autres espèces. Les conséquences, comme nous le savons trop bien, peuvent être dévastatrices pour les individus, les communautés humaines et la population mondiale.

Au sein de la communauté scientifique, il est largement admis que la pandémie de coronavirus était entièrement prévisible – en fait, elle a été prédite dans un article scientifique publié peu après l’épidémie de SRAS, au début du 21e siècle – un autre coronavirus qui a infecté plus de 8 000 personnes et a coûté la vie à près de 1000 personnes. La consommation d’animaux sauvages exotiques était alors considérée comme une « bombe à retardement » et une catastrophe imminente – notre devoir est de veiller à ce que la prochaine épidémie ne soit pas le résultat d’une maladie transmise par des baleines ou des dauphins.

* Un superprédateur est un prédateur qui, une fois à l’âge adulte, se trouve au sommet de la chaîne alimentaire et n’est alors la proie d’aucune autre espèce animale.

Traduction par Camille Le Boité pour Réseau-Cétacés d’un article de Nicola Hodgins, publié le 23 juin 2020 sur le site de l’ONG britannique Whale and Dolphin Conservation.

 

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