Pêche : pour protéger les dauphins, des associations réclament un moratoire hivernal

Des associations de défense de l’environnement montent au créneau pour diminuer les prises accidentelles de dauphins. Mardi 23 février, elles ont plaidé à La Rochelle, en Charente-Maritime, pour un moratoire hivernal d’un mois de la pêche au filet. D’après les chiffres de l’observatoire Pelagis, plus de 400 dauphins ont été capturés accidentellement cette année et 512 depuis le 1er décembre.

Lors d’une conférence de presse, un ingénieur de l’organisme a ajouté que ce chiffre représente « autant en moins de deux mois que lors des plus petites années de chiffrage, qui existe depuis les années 1980. Depuis cinq ou six ans, on mesure une augmentation constante de la mortalité (…), l’année en cours est un record par rapport à la précédente. On ne peut que dire ‘alerte’ quand on parle d’une espèce, le dauphin commun, qui a une faible reproductivité ». Selon l’ingénieur, cela montre « une exploitation du milieu qui n’est pas durable ».

Des recherches autour de filets visibles par les cétacés

« Les filets, qui étaient déjà souvent très longs, sont aujourd’hui aussi très hauts. Les filets calés pour le merlu peuvent atteindre 10 mètres de haut. Cela forme de véritables murs » explique Dominique Chevillon, membre de Ré nature environnement, liée à l’association France Nature Environnement. « Nous demandons un moratoire sur la pêche de trois semaines ou un mois entre le 15 janvier et le 15 mars », poursuit le militant, selon qui « l’État devrait indemniser les pêcheurs ».

Cette solution séduit davantage les scientifiques que les pingers, dispositifs acoustiques pour éloigner les cétacés. « Si on met des pingers partout, le golfe (de Gascogne) sera un pinger géant, très bruyant et on n’aura plus de dauphin », prévient ainsi l’ingénieur de Pelagis. « C’est pourquoi des recherches sont faites sur des filets avec des mailles métalliques qui soient visibles par les animaux ».

Un plan du gouvernement présenté début février

L’engagement d’équiper les chalutiers de ces dispositifs fait partie d’un plan gouvernemental pour limiter les captures accidentelles de dauphins présenté début février par la ministre de la Mer Annick Girardin. Un plan contre lequel France Nature Environnement a formé mi-février un recours auprès du Conseil d’État. Annick Girardin a estimé la semaine dernière dans des propos à l’AFP avoir obtenu « des engagements forts » de la part des pêcheurs, reconnaissant que « peut-être que la France a fait l’autruche trop longtemps sur les recommandations de la Commission européenne », qui lui demandait d’agir.

« Quelle est la part du réchauffement climatique ? de la mortalité naturelle ? des engins qu’on utiliserait ? de la responsabilité des pêcheurs ? (dans l’échouage de dauphins, ndlr). Aujourd’hui, on n’est pas capable de me le dire », a-t-elle dit. « Quand FNE dit que 90% des dauphins échoués sont le résultat d’une pêche accidentelle, ce chiffre n’est absolument pas étayé ».
Les pêcheurs français estiment, eux, faire l’objet d’une « campagne de diabolisation » de la part d’ONG.

Source: Le Dauphiné Libéré – Publié le 24.02.2021
Image de Une: Pixabay

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