Espagne – Une nouvelle orque victime de la captivité

Combien d’excuses devrons-nous encore entendre de la part des aquariums et des parcs marins à propos de la disparition d’un énième cétacé captif « bien-aimé » ?

Malheureusement, ces annonces semblent être sans fin.

Aujourd’hui, le Loro Parque, un zoo des îles Canaries en Espagne, a annoncé le décès d’Ula, une orque née en captivité de l’union de Morgan et Keto. Née le 22 septembre 2018, sa mort survient juste avant son troisième anniversaire, avec une vie entièrement passée dans un bassin en béton parmi d’autres orques captives.

Voici les mots du Loro Parque (traduction de son post Facebook du 10/08/2021) :

“C’est avec une immense douleur et une grande tristesse que nous écrivons aujourd’hui ces mots. Nous annonçons à tous nos amis la disparition de notre bien-aimée Ula, la petite de Morgan, qui était née ici, avec nous, à OrcaOcean.

Il y a quelques mois, nous vous avions fait part de notre inquiétude au sujet de sa santé, après qu’elle soit tombée malade et se soit retrouvée en situation très critique. Mais grâce à une remarquable équipe de professionnels, et à ses efforts et son dévouement inlassables, nous avons réussi à la stabiliser et à traverser l’épreuve.

Néanmoins, il y a quelques jours, nous avons remarqué qu’elle avait perdu sa bonne humeur et que son moral était à nouveau au plus bas. Nous avons immédiatement réagi, en commençant toutes les procédures médicales pour examiner sa santé, et en effectuant des tests pour trouver l’origine de sa baisse de moral. Malheureusement, il y a quelques heures, Ula nous a quittés.
Nous avons maintenant pris toutes les dispositions nécessaires pour effectuer une nécropsie, en comptant sur les meilleurs experts en pathologie des cétacés pour connaître les causes de sa mort.

Au-delà de tout cela, il nous est impossible d’expliquer ce que la perte de la jeune Ula signifie pour la famille du Loro Parque, et surtout pour l’équipe d’OrcaOcean, qui s’est démenée pour elle au quotidien.”

Morgan, la mère d’Ula, a été retrouvée nageant seule au large des côtes néerlandaises en juin 2010. L’orque émaciée a été capturée et emmenée au delphinarium de Harderwijk où elle a été détenue pendant plus d’un an. En novembre 2011, après qu’un tribunal néerlandais ait décidé que le retour de Morgan dans l’océan n’était pas envisageable, elle a été envoyée au Loro Parque où elle est maintenue en captivité depuis lors. Cette décision a été prise alors même que des experts spécialistes des orques avaient élaboré un plan détaillé pour la libération de Morgan afin qu’elle rejoigne sa famille. Et, malgré une audience d’appel tenue devant la Haute Cour néerlandaise en décembre 2013, cette décision a été confirmée.

Son père, Keto, est né au parc à thème de SeaWorld à Orlando, en Floride, en 1995. En 2006, il a été envoyé à Loro Parque. Sa mère, Kalina, est également née en captivité. La mère de Kalina, Katina, a été capturée en Islande à l’âge de deux ans environ. Le père de Kalina, connu sous le nom de Winston, était un épaulard résident du Sud capturé à l’état sauvage, aujourd’hui décédé. Le père de Keto, Kotar, a été arraché à sa mère au large des côtes islandaises en 1978 alors qu’il avait entre un et deux ans.

À l’état sauvage, ces mammifères très intelligents vivent au sein d’une structure sociale complexe, leurs groupes étant constitués de familles matrilinéaires. Les connaissances sont transmises de génération en génération, avec des comportements spécifiques à chaque groupe, un peu comme ce que nous considérons comme une culture. Certaines de ces unités familiales restent ensemble toute leur vie, toujours à portée de voix les unes des autres. Vivre jusqu’à 70 ans ou plus n’est pas rare. En fait, on estimait l’âge de l’orque la plus âgée connue au monde, surnommée « Granny », à plus de 100 ans au moment de sa disparition en janvier 2017.

La captivité arrache à leur environnement naturel ces mammifères complexes, les sépare de leur famille soudée, et les prive de tout comportement naturel.

Dans le cas d’Ula, au lieu de se voir enseigner par Morgan et les autres membres de son groupe les techniques et les comportements nécessaires à sa survie, elle a été élevée pour se produire devant des touristes qui payent pour assister à un spectacle. Elle n’a jamais connu la houle de la mer. Elle n’a jamais connu sa propre lignée. Et maintenant, son nom a été ajouté à la liste des dauphins, des orques et autres cétacés décédés, dont la vie a été décimée par la captivité.

« Le droit fondamental des orques à rester libres et à l’état sauvage, dans le vaste monde océanique qui a façonné leur existence pendant des millions d’années, est cruellement et constamment violé par l’industrie des delphinariums, qui s’est apparemment donnée comme objectif principal de convaincre les visiteurs que les orques s’épanouissent dans des bassins en béton, loin de leur habitat naturel. » ~ Helene O’Barry

Traduction de Maéva Dramet pour Réseau-Cétacés d’un article de Cara Sands, paru le 10 août 2021, sur le site du Dolphin Project.
Photo : Upp 75 ~ wikipedia.org
Islande ~ Un habitat intermédiaire pour les bélugas du sanctuaire marin

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